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On s’obstine tous à croire que les ovnis restent inexpliqués, alors que ce service français du CNES en élucide 98 % chaque année

Une nuit d’été, une lueur silencieuse traverse le ciel, immobile puis fulgurante. Le cœur s’emballe, le smartphone se dégaine, et déjà l’esprit s’envole vers les scénarios les plus fous. Pourtant, dans l’écrasante majorité des cas, ce mystère fondra comme neige au soleil dès qu’un œil averti s’y penchera. C’est précisément le rôle d’un service officiel français, discret mais redoutablement méthodique, qui depuis près d’un demi-siècle passe au crible chaque signalement d’objet volant non identifié. Son verdict est sans appel : environ 98 % des cas étudiés chaque année trouvent une explication rationnelle. Ballons, avions, planètes brillantes, satellites, phénomènes atmosphériques… la réalité se révèle bien moins martienne qu’on ne l’imagine. Et si l’on cessait, un instant, de croire que le ciel est peuplé de mystères insolubles ?

Un bureau discret du CNES qui traque les ovnis depuis près de cinquante ans

Derrière l’acronyme un peu austère de GEIPAN se cache le Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés. Ce service du CNES, l’agence spatiale française, est installé à Toulouse et a vu le jour en 1977, à l’époque sous le nom de GEPAN. Sa mission tient en trois verbes simples mais exigeants : collecter, analyser et archiver les témoignages d’observations étranges dans le ciel. Rien de plus, rien de moins. Et surtout, aucune spéculation sur les petits hommes verts.

Il faut d’emblée tordre le cou à une idée reçue tenace : le GEIPAN n’est pas un service de sécurité, ni une agence de surveillance du ciel, ni un laboratoire chasseur d’extraterrestres. Ses enquêteurs s’appuient uniquement sur des connaissances scientifiques reconnues, sans jamais verser dans l’hypothèse fantaisiste. Avec près de cinquante années d’archives et une centaine de cas traités chaque année, ce bureau a patiemment constitué l’une des bases de données les plus complètes au monde sur le sujet. Une mémoire précieuse, presque un observatoire de nos peurs et de nos fascinations collectives face à l’inconnu.

Comment plus de la moitié des signalements sont réglés avant même l’enquête

Voilà l’un des secrets les mieux gardés de cette machine à démystifier. Une grande partie des observations ne nécessite même pas d’enquête approfondie pour être comprise. Dès la réception d’un signalement, les spécialistes savent souvent orienter le témoin ou classer le dossier, tant certains indices sont parlants. Une lumière fixe et étrangement scintillante à l’horizon ? Bien souvent une planète particulièrement brillante. Un chapelet de points lumineux glissant en silence ? Un train de satellites. Un objet lenticulaire figé dans le ciel ? Un ballon-sonde ou un phénomène atmosphérique bien connu.

Ce tri en amont explique pourquoi le mystère s’effondre si vite. La grande majorité des signalements ne résiste tout simplement pas à un examen rigoureux des conditions d’observation, de l’heure, de la direction du regard ou de la météo. Ce qui semblait relever de l’inexplicable devient, en quelques minutes d’analyse, un phénomène parfaitement banal. Le ciel, en somme, ment moins qu’on ne l’interprète mal.

La classification A, B, C, D, cette mécanique implacable qui range chaque mystère

Pour éviter tout arbitraire, le GEIPAN s’appuie sur une classification en quatre catégories, véritable colonne vertébrale de sa méthode. Elle repose sur deux critères cardinaux : la consistance du témoignage, c’est-à-dire la qualité et la quantité des données disponibles, et son étrangeté, à savoir ce qui reste inexplicable une fois l’analyse menée. La règle d’or est d’une logique implacable : plus un cas est étrange, plus il exige d’éléments consistants pour être pris au sérieux. Sans preuves solides, un cas bizarre bascule non pas dans l’inexpliqué, mais dans le non-analysable.

  • Catégorie A : phénomène parfaitement identifié, soit environ 27 % des cas.
  • Catégorie B : phénomène probablement identifié, avec une hypothèse très probable, près de 39 % des cas.
  • Catégorie C : observation non analysable faute d’informations suffisantes, environ 31 % des cas.
  • Catégorie D : observation inexpliquée malgré l’enquête, à peine 2 % des cas.

Un point mérite d’être souligné : les cas classés C ne sont pas de même nature que les autres. Ils ne relèvent pas du mystère, mais simplement de l’impossibilité de conclure, faute de données exploitables. On ne peut ni confirmer ni infirmer, tout bonnement parce que le témoignage manque de matière. En additionnant les catégories A et B, on obtient donc cette fameuse quasi-totalité de cas élucidés ou probablement identifiés qui alimente le chiffre saisissant de 98 %.

Ces rares dossiers qui résistent encore à toute explication : ce qu’il faut retenir

Reste alors cette infime poignée de cas rangés en catégorie D, les seuls véritablement non identifiés malgré une enquête sérieuse. Elle se subdivise en deux sous-familles : les D1, phénomènes étranges mais de consistance moyenne, souvent adossés à un témoignage unique sans photo ni vidéo, et les D2, dossiers plus robustes. Sur la dernière décennie, la proportion de ces cas réellement inexpliqués est tombée à environ 2 %. Autrement dit, sur cent signalements, seuls deux échappent encore à toute explication rationnelle.

Et attention, inexpliqué ne signifie nullement extraterrestre. Cela veut simplement dire que les éléments en possession des enquêteurs ne permettent pas, à ce jour, de trancher. Peut-être manque-t-il une donnée, un angle de vue, un instrument. La science ne prétend pas tout savoir ; elle assume ses zones d’ombre avec honnêteté, ce qui, à bien y réfléchir, est autrement plus rassurant que les théories les plus rocambolesques.

Alors, la prochaine fois qu’une lueur intrigante fendra le ciel estival, souvenez-vous que derrière la quasi-totalité de ces apparitions se cache une explication toute terrestre, patiemment débusquée par ce bureau toulousain. Le vrai mystère n’est peut-être pas dans le ciel, mais dans notre irrésistible envie d’y voir autre chose que ce qui s’y trouve réellement. Et vous, sauriez-vous garder la tête froide face à votre prochaine observation ?