Le 18 août 2026, en pleine nuit chinoise, une fusée de 66 mètres redescend du ciel et se pose debout, sur ses propres pieds, comme si de rien n’était. Ce jour-là, l’entreprise privée LandSpace a réussi à faire atterrir sa fusée Zhuque-3, marquant une étape majeure pour le vol spatial commercial chinois. Fini le monopole américain sur les lanceurs qui reviennent se poser tout seuls : La Chine vient de rejoindre, à sa manière, le club très fermé des nations capables de récupérer un étage de fusée en un seul morceau.

L’exploit n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un été 2026 particulièrement dense pour l’astronautique chinoise, où deux technologies rivales ont validé leur pari à quelques semaines d’intervalle.

À retenir

  • Une fusée chinoise vient de réussir ce que seuls les Américains maîtrisaient jusqu’à présent
  • Deux approches technologiques s’affrontent : les pieds d’atterrissage contre le système de capture par filet
  • Le vrai défi n’est pas l’exploit technique, mais la transformation en routine industrielle

Un été qui change la donne pour l’espace chinois

Tout commence le 10 juillet 2026. Ce jour-là, une fusée Longue Marche-10B décolle de son site de lancement à Hainan avant de placer un satellite en orbite, et son premier étage est ensuite récupéré sur une plateforme en mer par un système de capture par filet. La CNSA, l’agence spatiale chinoise, salue une « percée majeure dans les technologies chinoises de fusées réutilisables ». Mais cette version-là ne ressemble pas à ce que SpaceX a popularisé : contrairement à la fusée Falcon 9 de SpaceX, la Longue Marche-10B n’utilise pas des pieds d’atterrissage mais des crochets pour se fixer à un filet sur la plateforme.

Moins de six semaines plus tard, rebelote, mais avec une méthode radicalement différente. Le Zhuque-3 Y2 réussit son atterrissage vertical, marquant la première récupération terrestre d’un étage orbital chinois, et LandSpace bascule dans le club fermé des acteurs capables de réutiliser leurs lanceurs. Cette fois, pas de filet ni de crochets : des jambes déployables, exactement comme sur les Falcon 9.

Zhuque-3, la fusée qui copie (et défie) SpaceX

L’histoire de Zhuque-3 mérite qu’on s’y attarde, parce qu’elle n’a rien d’un coup de chance. Un premier vol d’essai avait eu lieu le 2 décembre 2025 depuis le centre de lancement de satellites de Jiuquan, en Mongolie-Intérieure, et s’était terminé par une explosion en boule de feu après avoir pourtant atteint l’orbite avec succès. Un échec spectaculaire, mais qui n’a pas découragé l’entreprise pékinoise : quelques semaines plus tard, un responsable de LandSpace annonçait déjà son intention de réussir la récupération d’un booster réutilisable dès le milieu de l’année 2026.

Pari tenu. Le 18 août 2026, la fusée est venue se poser sur la terre ferme et est restée droite grâce à un jeu de pieds d’atterrissage, comme ceux du Falcon 9 de SpaceX. LandSpace ne compte pas s’arrêter là : selon le vice-concepteur en chef du programme, Dong Kai, « si la récupération du deuxième vol réussit, nous prévoyons d’utiliser un premier étage réutilisé pour le quatrième lancement ». la vraie preuve de concept, un étage qui revole vraiment, n’arrivera que dans quelques mois. C’est là que se joue tout l’intérêt économique du réutilisable : sans deuxième vol du même étage, on n’a fait que de la belle voltige.

Filet contre pieds : deux paris technologiques, une même course

Ce qui frappe dans la stratégie chinoise, c’est qu’elle avance sur deux fronts en même temps, sans miser sur une seule solution. Le choix du filet pour la Longue Marche-10B n’est pas anodin : selon un expert de la China Academy of Launch Vehicle Technology cité par la presse officielle, « la récupération par filet contribue à simplifier la structure de la fusée », permet « d’alléger » son poids et d’emporter davantage de contenu vers l’espace. Une fusée sans pieds d’atterrissage, c’est un peu comme une valise sans roulettes rigides : plus légère, donc plus de place pour le chargement utile, mais il faut une infrastructure au sol (ou en mer) beaucoup plus sophistiquée pour la rattraper.

LandSpace, de son côté, a fait le choix inverse, celui de la simplicité opérationnelle popularisée par SpaceX. Et cette approche n’a pas été un long fleuve tranquille : alors que des entreprises chinoises privées comme LandSpace ont d’abord échoué à récupérer leurs boosters équipés de pieds, la CASC a réussi du premier coup avec son filet. Chaque camp a donc son style, son calendrier, ses ratés. D’autres acteurs chinois avancent aussi sur des technologies proches : CAS Space multiplie depuis 2023 les essais de décollage et atterrissage vertical sur plateforme en mer, tandis que Deep Blue Aerospace prépare le premier vol orbital de sa fusée Nebula-1, elle aussi conçue pour être partiellement réutilisable.

Ce que ça change vraiment pour la course spatiale

L’enjeu dépasse largement la prouesse d’ingénierie. À court terme, la Longue Marche 10B doit devenir le cheval de trait pour le déploiement des méga-constellations de satellites internet chinoises, un marché colossal où le coût de lancement est le nerf de la guerre. Le calcul est simple : chaque fusée jetée à la mer après un seul vol coûte une fortune, et le premier étage est considéré comme l’élément le plus coûteux, si bien que sa réutilisation permet de réduire le coût des lancements de satellites ou vaisseaux spatiaux.

Reste la question de la cadence, qui est en réalité le vrai talon d’Achille chinois pour l’instant. Elon Musk lui-même avait reconnu, à propos de Zhuque-3, que sa conception pourrait permettre de battre le Falcon 9, tout en précisant que la cadence de lancement du concurrent chinois mettrait plus de cinq ans à atteindre celle du modèle vedette de SpaceX. Un chiffre à garder en tête : le Falcon 9 de SpaceX est lancé environ 150 fois par an, soit à peu près trois fois par semaine, avec des boosters réutilisés parfois des dizaines de fois. La Chine a franchi la porte du réutilisable en 2026. Il lui reste maintenant à transformer cet exploit ponctuel en routine industrielle, un chantier qui, lui, se compte en années plutôt qu’en semaines.