Un navire chargé de plus de 300 amphores n’a jamais rejoint son port de destination, il y a environ 2 400 ans. Son épave a été découverte au large de Monasterace, dans la province de Reggio Calabria, lors de relevés des fonds pour un projet éolien en mer. Les équipes cherchaient des contraintes techniques à anticiper avant de poser des fondations. Elles ont trouvé une cargaison grecque.

Le chiffre de 100 mètres qui circule dans les titres est faux.

Les sources sérieuses donnent des profondeurs bien supérieures, avec une nuance sur la valeur exacte. Le magazine Divernet évoque environ 730 mètres, dans la mer Ionienne, à 22 kilomètres de Monasterace. L’université de Calabre parle plutôt de 500 mètres sous la surface. Dans les deux cas, on est à plus du double de la hauteur de la tour Eiffel, bien au-delà de ce qu’un plongeur peut atteindre. C’est un robot télécommandé (ROV) d’Acciona Energia, utilisé pour cartographier le fond, qui a identifié le site archéologique.

La découverte date de 2023, mais les autorités italiennes ne l’ont rendue publique que récemment. Les résultats ont été transmis aux autorités compétentes, qui ont engagé les procédures de protection du patrimoine culturel subaquatique.

À retenir
  • Une épave grecque de 2 400 ans transportant 300 amphores a été repérée à plus de 500 mètres de profondeur par un sonar éolien en Méditerranée.
  • Les amphores proviennent de plusieurs centres de production, montrant que le navire alimentait un réseau d’échanges régional en vin et huile d’olive.
  • L’Italie finance un programme de récupération et de conservation de la cargaison menacée par le chalutage, révélant comment la transition énergétique devient un vecteur d’archéologie préventive.

Trois cents amphores et un réseau commercial

Les amphores, ces jarres d’argile utilisées dans toute la Méditerranée, servaient à transporter des denrées comme le vin et l’huile d’olive. Celles de l’épave ont été fabriquées dans plusieurs centres de production de Grande-Grèce et de Sicile. Ce mélange laisse penser que le navire alimentait un réseau d’échanges régional, et non une simple liaison entre deux ports.

Le site se trouve au large de Kaulon, une cité grecque fondée avant 700 av. J.-C. Acciona Energía date le bâtiment du Ve au IVe siècle avant notre ère.

Le gisement n’est pourtant pas intact.

Des relevés photogrammétriques lancés en 2025 ont montré que les amphores forment deux groupes distincts, séparés d’environ dix mètres. Les chercheurs pensent que cet écart vient d’un chalutage ultérieur, et non du naufrage lui-même. Les filets de pêche ont donc atteint ces profondeurs, et le risque de nouveaux dégâts est réel. Malgré cela, la profondeur, l’absence d’oxygène et une couche protectrice de sédiments ont conservé les amphores en bon état.

Sortir la cargaison avant qu’elle ne soit abîmée

Les amphores paraissent menacées par de nouveaux dommages, et le ministère italien de la Culture soutient un projet d’étude, de récupération et de conservation de la cargaison. Ce programme est inscrit au plan stratégique « Grands projets pour le patrimoine culturel », avec un financement de plus de 1,3 million d’euros, annoncé par la sous-secrétaire d’État à la Culture Lucia Borgonzoni. Il a été présenté le 5 septembre au Porto delle Grazie, à Roccella Ionica.

L’université de Calabre détaille son rôle dans Altofondale, un projet d’enquête et de protection de l’épave. Ses chercheurs examineront les céramiques pour retrouver leur lieu de fabrication, comprendre les techniques anciennes et mesurer leur état après des siècles sous l’eau.

Cette découverte n’a rien d’isolé. Les relevés menés pour l’énergie offshore, la pose de câbles et les infrastructures révèlent des sites archéologiques inconnus dans des eaux rarement étudiées. La même logique s’est déjà produite en France: en 2024, un bâtiment de la Marine nationale chargé d’études préalables pour un parc éolien au large d’Oléron a repéré une épave absente des cartes, à une centaine de mètres de profondeur. C’est probablement de là que vient le chiffre de 100 mètres, confondu avec la découverte italienne. L’archéologie préventive devient ainsi, un peu par accident, un sous-produit de la transition énergétique.

Les autorités culturelles italiennes décrivent l’épave de Monasterace comme l’une des découvertes archéologiques sous-marines récentes les plus importantes de la Méditerranée.