Selon une étude publiée le 31 juillet 2026 dans The Planetary Science Journal, des lignes et des taches sombres à la surface de Pluton seraient parfois mouillées, temporairement, par un liquide, très probablement de l’azote liquide. Elles se situent sur le bord nord de la plaine Sputnik Planitia, et elles ressemblent aux marques que l’eau de fonte laisse sur un glacier terrestre. Alan Stern, responsable scientifique de la mission New Horizons, dirige ces travaux.
Ce serait le premier indice d’un liquide coulant récemment sur Pluton.
- L’azote liquide remonte par des fissures sous le glacier de Pluton et laisse des traces sombres sur la plaine Sputnik Planitia.
- Les marques suivent précisément le tracé des cellules de convection, pas la direction des vents comme on le pensait auparavant.
- Les contours nets de ces lignes ne peuvent être expliqués que par la présence d’un liquide, selon les glaciologues de l’équipe.
Des lignes noires entre des cellules grandes comme des villes
Sputnik Planitia est un glacier d’azote gelé, plus étendu que le Texas et l’Oklahoma réunis. La température moyenne à la surface de Pluton avoisine −236 °C, et l’azote y forme des glaciers profonds de plusieurs kilomètres. Les images de New Horizons montrent, dans la partie la plus septentrionale, des cellules de convection de la taille d’une ville, séparées par de fines lignes sombres et par des zones sombres plus diffuses. Les chercheurs y voyaient déjà des traces possibles d’écoulements anciens.
La plaine fait environ 1 000 km de large. Sa surface ne montre aucun cratère discernable, ce qui indique un âge inférieur à 10 millions d’années.
L’azote plus chaud monte au centre d’une cellule, s’étale en surface, puis replonge le long des coutures. C’est précisément là que se logent les marques sombres. Elles courent sur des dizaines de kilomètres, avec des contours étroits et très nets.
Le vent offrait jusque-là une explication commode. Des simulations publiées en 2020 liaient les plaines sombres et les stries situées à l’ouest de Sputnik Planitia à des vents d’azote, capables de transporter de la chaleur ou de déposer des particules de brume. Or ces nouvelles lignes suivent le tracé des cellules, pas la direction d’un souffle.
Le Groenland comme pierre de comparaison
Les auteurs réunissent des spécialistes de Pluton et des glaciologues. Deux d’entre eux, Gary Clow et Robert Anderson, étudient la glace terrestre à l’université du Colorado à Boulder, et ont rapproché les images de Pluton d’une vue Landsat 9 du Groenland, où les chenaux de fonte dessinent des lignes sombres sur la glace claire. Les zones diffuses, qualifiées de tabliers sombres, réfléchissent environ 0,10 de lumière de moins que la plupart de la plaine.
Seul un liquide, jugent-ils, trace des bords aussi nets.
Un glacier qui fond par en dessous
Les conditions atmosphériques et thermiques de Pluton rendent une pluie d’azote physiquement impossible. Le liquide viendrait donc d’en bas. Selon les modèles informatiques, l’azote pourrait fondre à la base du glacier, s’accumuler sous pression, puis remonter par de minces fissures lors d’éruptions brèves. Le frottement du glacier glissant vers le nord produit moins d’un millième de la chaleur qui arrive d’en dessous, d’après les calculs des auteurs.
Ces marques ne seraient donc pas figées. Alan Stern y voit un nouveau type de phénomène qui varie dans le temps sur Pluton.
Une piste sérieuse, pas encore une preuve
Les preuves restent indirectes, et il faudra davantage de travail en laboratoire et des cartes à plus haute résolution pour tester l’hypothèse.
Les images datent de 2015 et 2016, soit un instantané pris par une seule sonde, à près de six milliards de kilomètres du Soleil. Pluton met 248 ans terrestres à faire le tour de l’astre, et son cycle jour-nuit dure 6,4 jours terrestres. Tout épisode d’éruption pourrait donc s’être produit, ou se reproduire, sans que personne ne soit là pour le photographier.
Sources : lanature.ca | generation-nt.com


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