Plus de 40 000 pièces romaines, réparties dans trois amphores, ont été exhumées à Senon, village de la Meuse situé à une vingtaine de kilomètres de Verdun. L’Inrap en a présenté les résultats en novembre 2025, au terme d’une fouille déclenchée par un banal projet d’extension de maison. Les monnaies reposaient sous le sol d’habitations gallo-romaines depuis environ 1 800 ans.

Ce total reste une estimation, avancée par le numismate de l’Inrap.

À retenir
  • Plus de 40 000 monnaies de bronze ont été exhumées à Senon, dans trois amphores.
  • Les pièces portent l’effigie de Victorin et des Tétricus, empereurs de la Gaule.
  • Les dépôts datent de 280 à 310 après J.-C., soit après la fin de l’Empire gaulois.
  • Deux jarres contiennent à elles seules près de 90 kilos de monnaie.

Un quartier aisé sous une parcelle de 1 500 m²

Les archéologues ont travaillé trois mois sur la parcelle. Ils y ont dégagé deux rues empierrées, bordées d’au moins trois unités d’habitation. Les pièces de séjour avaient un sol en béton de chaux et un chauffage par hypocauste, et des escaliers en calcaire menaient aux caves. Le quartier jouxtait l’esplanade publique où s’élevaient temples et théâtre.

Le quotidien affleure aussi dans le mobilier : céramiques de plusieurs périodes gallo-romaines, couteau en métal, épingles en os, fibules (ces broches qui fermaient les vêtements). Des traces de production céramique indiquent que les occupants étaient commerçants et artisans, assez prospères pour constituer des réserves monétaires importantes.

Senon n’avait rien d’un hameau. La ville comptait probablement plusieurs milliers d’habitants et disposait de thermes, même si son nom antique reste inconnu. Elle comptait parmi les principales cités du peuple celte des Médiomatriques. Après une série d’incendies, elle a été abandonnée à l’Antiquité tardive, puis oubliée pendant des siècles.

Trois amphores, trois maisons, un déséquilibre

Chaque amphore se trouvait dans une maison différente, calée dans une fosse rectangulaire creusée sous le sol. Les deux plus remplies contiennent environ 23 000 à 24 000 pièces pour l’une, 18 000 à 19 000 pour l’autre. D’après l’Inrap, le premier récipient pesait environ 38 kilos avec son contenu, le second une cinquantaine.

La troisième amphore ne contenait que trois pièces.

Les deux grandes jarres alignent donc près de 90 kilos de monnaie. Quant aux 40 000 pièces, elles représentent plus de deux fois la population actuelle de Verdun.

Ces monnaies de bronze portent l’effigie de Victorin, de Tétricus Ier et de son fils Tétricus II. Ces empereurs ont dirigé la Gaule entre 260 et 274, avant sa réintégration à l’Empire romain par Aurélien. Pourtant, les dépôts datent de 280 à 310 après J.-C., soit plusieurs années, voire plusieurs décennies après la fin de cet empire gaulois. Ce n’est pas la quantité qui surprend les spécialistes, puisqu’une trentaine de dépôts comparables ont déjà été trouvés en Meuse, mais la proximité de ceux-ci, à quelques dizaines de mètres les uns des autres.

Épargne familiale ou cachette de crise ?

Les chercheurs privilégient l’hypothèse d’une épargne domestique, alimentée au fil des ans, plutôt qu’un dépôt d’urgence. Des pièces ont été retrouvées collées à l’extérieur des récipients, signe que l’on y revenait à plusieurs reprises. Les amphores étaient en outre soigneusement calées, et non enfouies à la hâte.

Une fortification militaire, datée de la même période, se dresse à seulement 150 mètres du site. Elle pourrait être liée à ces réserves monétaires, mais les spécialistes n’ont pas tranché. Aucune trace de destruction brutale ne vient pour l’instant confirmer l’idée d’une fuite précipitée. Quant à la troisième jarre, presque vide, son déséquilibre avec les deux autres reste inexpliqué.

Contrairement à bien des trésors, celui-ci a été fouillé par des archéologues.

Simon Ritz, de l’Inrap, relativise d’ailleurs la quantité de pièces, qu’il ne juge pas exceptionnelle. L’intérêt de la découverte tient selon lui à ses conditions de fouille, menée dans les règles de l’art par des archéologues d’État, ce qui devrait aider à comprendre pourquoi ces fortunes s’étaient accumulées à Senon.