Une rangée de ceps à perte de vue, puis soudain, un chasseur à réaction posé dans l’herbe. Je m’étais rendu au château de Savigny-lès-Beaune pour une visite qui semblait toute tracée : quelques hectares de pinot noir, une cave voûtée, une dégustation. Rien ne laissait présager ce qui m’attendait derrière les rangs de vigne. Là, à ciel ouvert, s’alignent près de 80 avions de chasse et hélicoptères, vestiges d’une passion qui a transformé ce domaine viticole en l’un des sites les plus insolites de Côte-d’Or.

À retenir
  • Le château de Savigny-lès-Beaune abrite près de 80 avions de chasse et hélicoptères, la plus grande collection privée au monde, rassemblée par Michel Pont.
  • Michel Pont, fils de viticulteur et ancien collectionneur passionné de vitesse, possède aussi plus de 250 motos et 30 voitures de course exposées au château.
  • Le domaine, construit en 1340 et acquis par Michel Pont en 1979, compte neuf musées et attire chaque année plus de 35 000 visiteurs.

Quand les vignes côtoient les avions de chasse

Quand les vignes côtoient les avions de chasse
Collecte d'avions au Château de Savigny-lès-Beaune.
Crédit : © Roland Turner/Flickr

Le contraste est saisissant. D’un côté, des ceps soigneusement alignés, symboles d’un savoir-faire viticole bourguignon séculaire. De l’autre, des carlingues métalliques, des cockpits vitrés et des ailes qui semblent prêtes à décoller entre deux rangées de vigne. Ce mélange improbable n’est pourtant pas le fruit du hasard : il s’agit de la plus grande collection privée d’avions de guerre au monde, rassemblée sur plusieurs décennies par le propriétaire des lieux.

En parcourant les allées, on découvre des appareils venus des quatre coins de l’Europe. Le parc, aménagé sur deux à trois hectares, ne ressemble à aucun autre musée aéronautique : ici, pas de hangar fermé ni de vitrine protectrice, mais un face-à-face brut entre la nature viticole et la mécanique de guerre.

Michel Pont, l’homme qui collectionne la vitesse

Derrière cette collection hors norme se cache un seul homme : Michel Pont, fils de viticulteur devenu collectionneur passionné de véhicules rapides. Son histoire commence bien avant les avions. Dès l’âge de 20 ans, il se prend de passion pour les motos, une collection qui compte aujourd’hui plus de 250 exemplaires exposés à l’intérieur du château. Dans les années 1960 et 1970, il se tourne vers la course automobile, un univers qu’il quittera après un grave accident, préférant se consacrer à la collection plutôt qu’à la compétition. Il possède ainsi plus de 30 voitures de course, elles aussi conservées à l’abri des intempéries.

Mais c’est son service militaire, effectué dans les années 1950 au sein de l’armée de l’air française, qui a fait naître sa fascination pour l’aviation. Depuis environ 30 ans, Michel Pont achète des avions déclassés dans des pays comme l’Angleterre, le Portugal, la Russie ou encore la Suède. Sa méthode a de quoi impressionner : il démonte lui-même les appareils avec une équipe de mécaniciens, avant de les rapatrier en pièces détachées jusqu’en Bourgogne. Sa dernière acquisition en date, un Sabre américain déniché en Suède, a été entièrement restauré et repeint avant de rejoindre les rangs de sa collection.

Un château du XIVe siècle transformé en musée à ciel ouvert

Le château de Savigny-lès-Beaune n’est pas qu’un simple écrin pour cette collection : c’est un monument chargé d’histoire. Construit en 1340 par le duc Eudes, l’édifice fut détruit en 1478 lors de l’invasion de la Bourgogne par Louis XI, avant d’être reconstruit au XVIIe siècle par la famille Bouhier. C’est en 1979 que Michel Pont fait l’acquisition du château et de ses jardins alors laissés en friche.

Plutôt que de se contenter de restaurer le bâtiment, il décide de redonner vie aux jardins en y plantant quatre hectares de vignes, renouant ainsi avec ses origines de fils de viticulteur. Une partie du terrain, deux à trois hectares, est aménagée pour accueillir sa collection d’avions, créant ce décor unique où passé médiéval, tradition viticole et mécanique de guerre se répondent au fil des saisons.

Neuf musées, 35 000 visiteurs : le pari fou d’un domaine unique en France

Neuf musées, 35 000 visiteurs : le pari fou d'un domaine unique en France
Crédit : © Groumfy69/Wikimedia Commons

Au-delà des avions, motos et voitures de course, le domaine abrite en réalité neuf musées distincts. On y trouve notamment des machines agricoles anciennes, charrues et tracteurs d’un autre temps, ainsi que diverses antiquités rassemblées au fil des années. Ce parcours éclectique, qui mêle patrimoine rural et fascination pour la vitesse, attire chaque année plus de 35 000 visiteurs, venus autant pour la dégustation de vins que pour cette collection improbable.

C’est là toute la singularité du château de Savigny-lès-Beaune : un lieu où l’on vient pour le vin et où l’on repart marqué par le vrombissement silencieux d’une escadrille figée entre les vignes. Un équilibre improbable, tenu par la seule volonté d’un homme qui a fait de sa passion pour la vitesse un patrimoine à ciel ouvert.

En repartant du domaine, difficile de ne pas repenser à ce contraste entre la lenteur du travail de la vigne et la puissance figée des avions de chasse. Le château de Savigny-lès-Beaune rappelle que la passion, aussi démesurée soit-elle, peut redonner vie à un patrimoine oublié. Reste à savoir combien d’autres domaines viticoles français cachent, eux aussi, une histoire aussi inattendue derrière leurs rangs de ceps.