On la croyait du XVIe siècle. Mais les fouilles menées en 2023 par l’Inrap racontent autre chose. Des datations au carbone 14 font remonter certaines parties du site de Tsingoni, à Mayotte, à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle. La date de 1538, longtemps retenue, perd donc environ trois siècles.
Une mosquée d’environ 800 ans, toujours en activité.
- Le carbone 14 fait remonter certaines parties du site à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle.
- La date de 1538 gravée sur le mihrab perd environ trois siècles.
- Une mosquée primitive en pierre de type swahili existait déjà au XIVe siècle.
- Les fouilles de 2023 ont révélé des trous de poteaux du XVIe siècle liés à une reconstruction.
1538, la date qui faisait référence
Pendant des décennies, le repère tenait en une inscription. Gravée sur le mihrab, la niche où l’imam dirige la prière, elle indique 1538, à l’époque où le sultan Ali Ben Mohamed dit Issa dirigeait l’île. Les textes anciens évoquent déjà une mosquée en 1521, et le Kitab-ı Bahriye de Piri Reis, rédigé entre 1511 et 1521, signale lui aussi l’existence d’un lieu de culte. Cette convergence a fait du XVIe siècle une évidence, jusque dans la base Mérimée du ministère de la Culture, qui décrit une « mosquée du 16e siècle ».
Le premier indice d’un passé plus profond date de 2016. Le diagnostic réalisé par l’Inrap, le premier sur l’île, y a révélé des traces d’occupation dès le XIIe siècle et une mosquée primitive en pierre au XIVe, de type swahili, composée d’une salle unique sans minaret.
La campagne de l’été 2023 a creusé la question. Une équipe de huit personnes y réunissait des spécialistes de l’archéologie du bâti, de l’archéologie funéraire, du relevé 3D, ainsi qu’une restauratrice. Dans la salle de prière, les archéologues ont mis au jour de très nombreux trous de poteaux du XVIe siècle, sans doute creusés pour soutenir des échafaudages lors d’une reconstruction. Les maçonneries portent aussi la trace en négatif de coffrages tissés en fibres végétales.
Le chantier a reposé sur un montage à quatre. L’Inrap apportait l’expertise, le Service régional d’archéologie veillait au suivi scientifique, le Conseil d’architecture et du patrimoine de Mayotte soutenait la partie technique, et la préfecture assurait financement et logistique. Une visite officielle, le 27 juillet 2023, a permis aux archéologues de présenter leurs avancées aux délégations.
Des fragments d’os, de céramique et de charbon de bois sont partis en laboratoire.
Une contemporaine de Notre-Dame
Le verdict du carbone 14 place les éléments les plus anciens à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe. La présence d’une mosquée est bien attestée au XIVe siècle, ce qui en fait une contemporaine de Notre-Dame de Paris. Trois siècles d’écart, c’est à peu près le temps qui nous sépare de la mort de Louis XIV.
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la commune a organisé une conférence avec le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot. Les officiels présents se sont accordés, selon le maire Hamada Issilamou, sur l’importance de préserver la mosquée.
Ces dates bousculent une idée répandue, celle d’un islam français né avec l’immigration du XXe siècle. Elles témoignent d’une présence musulmane à Mayotte plusieurs siècles avant le rattachement de l’archipel à la France, survenu en 1841. Cette histoire est liée aux échanges de l’océan Indien et à l’histoire propre de l’archipel. L’Inrap parle d’ailleurs d’un édifice qui reflète différentes influences islamiques.
Tsingoni a été la capitale du sultanat de Mayotte, entre 1460 et 1470 selon la Grande Mosquée de Paris. La mosquée royale du XVIe siècle apparaît ainsi comme une étape dans une histoire déjà longue, avec une phase de reconstruction que trahissent les trous d’échafaudage.
Un édifice remanié à chaque siècle
Le bâtiment que l’on visite aujourd’hui tient du millefeuille. Il a été remanié au XIXe siècle, en 1986, en 1991 avec l’édification du minaret, puis en 2004. La mosquée d’origine a été absorbée par les extensions mais reste visible, avec la porte nord et le mihrab en corail sculpté.
Les murs les plus anciens, bâtis en sable et en corail, sont très épais pour soutenir une terrasse qui servait à récolter les eaux de pluie. Le bulbe cuivré qui surmonte le minaret, avec son croissant et son étoile, date de 2019.
La mosquée est classée monument historique en 2015, et son minaret a été inscrit en 2017. Une rénovation a débuté en 2019, pour un coût estimé à 2 millions d’euros. Une inconnue demeure : la date exacte de construction de la première mosquée sur le site n’est pas connue. Celle de 1538 a sans doute été précédée d’une autre, à partir de 1517 au moins.
Les datations concernent certaines parties du site, pas l’ensemble de l’édifice actuel, et les chercheurs ne parlent pas d’une mosquée figée depuis le XIIIe siècle. Pour la voir, il faut se rendre à Tsingoni, sur la Grande-Terre, une commune de 13 934 habitants en 2017, où la mosquée reste un lieu de culte en activité.
Sources : la1ere.franceinfo.fr | titrespresse.com


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