Sept hectares et demi de fossés, de remparts et de portes, laissés en l’état après un affrontement vieux de 1 800 ans. Des archéologues viennent de les exhumer près de Šurany, dans le sud-ouest de la Slovaquie, sur un terrain destiné à accueillir un parc industriel. Dans ce camp romain de 7,4 hectares, des soldats gisent dans des fossés, des fosses de stockage et, pour certains, au fond de puits.

Nul ne semble être revenu chercher leur équipement.

À retenir
  • Un camp romain de 7,4 hectares a été mis au jour près de Šurany, en Slovaquie.
  • Des soldats y gisent dans des fossés, des fosses de stockage et des puits.
  • Le site est daté de la seconde moitié du IIe siècle et lié aux guerres marcomanes.
  • Les objets recueillis incluent lances, casques, armures et monnaies.

Un camp de marche presque complet

La découverte a été présentée dans un communiqué du 17 juillet 2026, signé par la société MH Invest, qui exploitait le chantier, et par l’Institut d’archéologie de l’Académie slovaque des sciences. Le camp compte cinq portes, des fortifications et une clavicula, une entrée en courbe faite d’un fossé et d’un talus qui obligeait les assaillants à une approche exposée. Matej Ruttkay, directeur de l’institut, parle d’une occasion unique d’explorer pratiquement tout un camp de marche romain, ce qui reste extrêmement rare en Europe. Les spécialistes le datent de la seconde moitié du IIe siècle de notre ère.

Ils le rattachent aux guerres marcomanes, ce long conflit qui a opposé l’armée de Marc Aurèle aux tribus germaniques au nord du Danube. Pour les chercheurs, le site comble un vide dans ce que l’on savait de l’activité romaine dans cette zone durant le dernier tiers du siècle.

Pourquoi un camp entier est-il si difficile à trouver ? Parce qu’un camp de marche était bâti pour quelques jours ou quelques nuits, puis plié, et que les labours et les chantiers ont effacé la plupart de ces traces. Ici, c’est un chantier qui a mis la structure au jour, selon un schéma que connaissent bien les lecteurs français : en France aussi, l’archéologie préventive intervient avant les travaux, et c’est souvent elle qui révèle ce que le sol cachait. À Šurany, un champ promis à des entrepôts abritait un site militaire presque intact.

Des corps jetés dans les puits

Ce sont les squelettes qui ont pris l’équipe de court. Des individus complets et des restes désarticulés reposaient dans les fossés défensifs, les fosses de stockage, les puits et des tombes peu profondes creusées à la hâte. Marek Vojteček, l’un des responsables de la fouille, indique que dans la plupart des cas il s’agit bien de soldats romains.

Les corps ont été placés là dans l’urgence, sans les rites habituels.

Le mobilier raconte le reste. Les archéologues ont recueilli des lances, des pointes de flèches, des fragments de casque, des armures segmentées et à écailles, des fibules de légionnaire et des monnaies. Ils ont aussi relevé des objets du quotidien, comme une hache, un couteau et des dés à jouer. Les caligae, ces lourdes sandales militaires, ont laissé leurs clous de fer alors que le cuir a disparu depuis longtemps, et l’ensemble est désormais stocké en laboratoire pour analyse.

Les comptes rendus divergent sur un point. Certains décrivent des soldats enterrés avec leur équipement, d’autres un matériel simplement abandonné sur place, jamais pillé après le départ.

Les questions qui restent ouvertes

L’équipe de fouille énumère elle-même ses interrogations : qui étaient ces hommes, de quoi sont-ils morts, et pourquoi tant de corps ont-ils fini dans des structures profondes ? Elle cherche aussi à départager le rôle des maladies de celui des blessures de guerre. Reste à expliquer la présence d’un certain nombre d’objets rares pour la période.

Les responsables décrivent un travail de longue haleine, qui pourrait durer plusieurs années.

Un autre site permet de mesurer ce que ces analyses peuvent donner. En 2011, à Osijek, en Croatie, l’ancienne Mursa romaine, une fouille menée avant des travaux universitaires avait livré sept squelettes d’hommes adultes dans un puits, certains la tête en bas. L’étude publiée le 15 octobre 2025 dans PLOS One, dirigée par le bioarchéologue Mario Novak, a daté les restes de la seconde moitié du IIIe siècle grâce au radiocarbone et à une pièce frappée en 251. Fractures de côtes, traumatisme au front, blessures par arme : les chercheurs y voient des victimes probables de la bataille de Mursa, en 260.

Le contraste avec Šurany est net. À Osijek, selon Mario Novak, les hommes avaient vraisemblablement été dépouillés de leurs armes et de leurs objets de valeur avant d’être jetés dans le puits. Les isotopes ont montré une alimentation riche en céréales et pauvre en viande, et l’ADN de quatre squelettes a révélé qu’aucun n’était originaire de la région.

Un autre charnier a été mis au jour l’an dernier sous un terrain de football à Vienne, avec les restes de 150 personnes au maximum, des soldats romains et des guerriers germaniques selon les hypothèses.