Pendant des décennies, les géologues ont cherché la carrière galloise de la pierre d’autel de Stonehenge. Elle n’existait pas. Cette dalle de grès, couchée au centre du cercle, vient du nord-est de l’Écosse, à au moins 750 km de son emplacement actuel. C’est la conclusion d’une étude parue dans Nature le 14 août 2024.
Le poids d’un éléphant, déplacé sur 750 kilomètres vers 2600 avant J.-C.
- L’Altar Stone vient du nord-est de l’Écosse, à environ 750 km de Stonehenge.
- Les grains minéraux de la pierre correspondent au bassin orcadien, écartant le pays de Galles.
- Le grès du Caithness est aujourd’hui considéré comme la source la plus probable.
Une pierre qui ne ressemblait à aucune autre
Stonehenge est un patchwork de provenances. Les grands sarsens dressés viennent de Marlborough, à proximité, tandis que la plupart des bluestones ont été tracées chimiquement jusqu’à l’ouest du pays de Galles, à environ 225 km. L’Altar Stone, un bloc unique de six tonnes posé sur le flanc au cœur du cercle, était supposé venir lui aussi du pays de Galles.
Les tests dans cette direction ont toujours « fait chou blanc », raconte Richard Bevins, de l’université d’Aberystwyth. Fin 2021, lui et le géochimiste Nick Pearce avaient établi que l’âge et la composition de la pierre ne correspondaient pas aux bluestones galloises. En 2022, Pearce a invité Anthony Clarke, alors doctorant à l’université Curtin en Australie, à analyser la dalle. L’équipe anglo-australienne a donc élargi ses recherches, et Bevins a décrit le résultat comme « quite sensational », tout à fait sensationnel.
Les chercheurs ont mesuré l’âge et la chimie de trois types de grains minéraux (zircon, apatite, rutile) dans des fragments de la pierre. Certains grains ont entre 1 et 2 milliards d’années, d’autres environ 450 millions. Cette empreinte correspond au bassin orcadien et écarte les autres formations du Royaume-Uni et d’Irlande.
Ce grès s’est formé à partir des sédiments d’un ancien lac, le lac Orcadie.
Orcadien ne veut pas dire Orcades
Le mot « orcadien » a vite déclenché une rumeur : la pierre viendrait de l’archipel des Orcades. Une étude du Journal of Archaeological Science a répondu que non : la dalle n’a pas été prélevée sur l’île principale des Orcades, malgré des preuves de communications à longue distance avec Stonehenge vers 3000-2900 av. J.-C. En juin 2026, un nouvel article du Journal of Quaternary Science a resserré la zone de recherche. Les grès du Caithness, sur le continent écossais, offrent la meilleure correspondance, les autres secteurs du bassin y ressemblant moins.
Le chiffre de distance a donc un peu bougé. Les travaux de 2024 parlaient d’au moins 750 km, ceux de 2026 de près de 700 km depuis le Caithness, soit un trajet comparable à un Paris-Marseille.
L’archéologue Joshua Pollard, de l’université de Southampton, y voit un lien architectural : contrairement aux autres pierres de Stonehenge, l’Altar Stone est couchée. L’article de Nature rappelle aussi que des éléments d’architecture et des motifs d’art rupestre sont partagés entre plusieurs monuments néolithiques, dont ceux des Orcades. Les analyses d’os d’animaux et de restes humains issus des henges de la plaine de Salisbury montrent par ailleurs que les Néolithiques se déplaçaient beaucoup en Grande-Bretagne.
Six tonnes, une mer, peut-être un glacier
Tirer un tel bloc par voie terrestre à travers la Grande-Bretagne, avec ses barrières topographiques, aurait été extrêmement difficile. Les auteurs privilégient donc une route maritime le long des côtes.
En juin 2026, la même équipe a testé une autre idée : un glacier aurait-il pu faire une partie du trajet ? Ses modèles montrent que la glace partie de la région s’écoulait surtout vers le nord-est. Un couloir plus étroit conduisait vers le sud-est, jusqu’au Dogger Bank, une terre qui reliait autrefois la Grande-Bretagne à l’Europe continentale avant d’être engloutie par la montée des eaux. Si la pierre avait atteint ce point grâce à la glace, il aurait encore fallu la transporter sur environ 400 km jusqu’à Stonehenge, contre près de 700 km sans aide glaciaire. Cette hypothèse reste non prouvée et exigerait un enchaînement de circonstances très particulier.
Les auteurs sont prudents : le transport glaciaire seul ne peut pas expliquer l’arrivée sur la plaine de Salisbury, et un transport humain substantiel restait nécessaire dans tous les cas. Plusieurs titres de presse ont pourtant simplifié l’étude en affirmant que le glacier avait tout fait. Les voies glaciaires restent de simples modèles, sans trajet direct démontré jusqu’à Stonehenge.
Clarke et son collègue avancent une motivation possible : la montée du niveau de la mer menaçait le site d’origine de la pierre. Les Néolithiques auraient donc eu la coordination pour déplacer un gros bloc sur des centaines de kilomètres, et peut-être conscience que leur paysage changeait.
Au Moyen Âge, la légende voulait que le magicien Merlin ait dérobé le monument à l’Irlande. La science a corrigé la destination du vol, car la pierre vient d’Écosse, ce qui témoigne d’un niveau notable de coordination sociale au Néolithique. Le Caithness est désormais désigné comme source probable, mais le chemin exact que la pierre a emprunté reste ouvert.
Sources : studyfinds.com | nature.com


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