La NASA a tranché le 7 octobre : l’équipage d’Artemis II a bien vu cinq éclairs d’impact sur la face nocturne de la Lune. Le rapport préliminaire de science lunaire accompagne la mise en ligne de 814 Go d’observations, 996 images et 521 minutes d’enregistrements audio. Les premiers comptes rendus d’avril flottaient pourtant entre quatre et six flashs.

Cinq points de lumière, vus à l’œil nu, qu’aucun appareil n’a enregistrés.

À retenir
  • La NASA retient cinq éclairs d’impacts lunaires observés à l’œil nu par l’équipage d’Artemis II.
  • Les flashs ont été vus pendant l’éclipse solaire totale du 6 avril 2026, durant 54 minutes.
  • Aucune des 31 caméras d’Orion n’a capturé ces éclairs, trop brefs et trop faibles.

Une éclipse totale transformée en observatoire

Tout s’est joué le 6 avril 2026, pendant les sept heures d’observation lunaire que les scientifiques au sol avaient réglées minute par minute. Orion est passé derrière la Lune, et l’éclipse solaire totale qui a suivi a duré 54 minutes. Le disque lunaire, privé de lumière solaire, formait alors un fond noir idéal pour déceler des lueurs infimes, tandis que la coupure des communications, prévue au programme, isolait l’équipage de Houston. La capsule Integrity se trouvait à environ 6 545 kilomètres de la surface à son point le plus proche.

Au micro, le commandant Reid Wiseman a décrit sans hésiter des flashs d’impact, puis annoncé que Jeremy Hansen venait d’en voir un autre. À Houston, la responsable scientifique Kelsey Young a répondu par un mot, « Stupéfiant », et reconnu le lendemain qu’elle ne s’attendait pas à ce que l’équipage en voie.

Le spectacle ne se limitait pas aux éclairs. Hansen avait annoncé que la couronne solaire serait visible sur au moins dix diamètres solaires au-dessus du bord lunaire. Les astronautes ont aussi distingué la surface à travers la lumière cendrée, ce faible éclairement renvoyé par la Terre.

Aucun humain n’avait vu de tels éclairs depuis les missions Apollo.

Sur la Lune, aucune atmosphère ne consume les météoroïdes, qui frappent donc la surface en permanence. Chaque impact libère une énergie considérable, laisse des plaques de roche fondue et projette des panaches de régolithe. Depuis la Terre, les télescopes ont confirmé bien plus de 400 flashs depuis 1999, mais la face cachée leur reste hors de portée.

Quatre, cinq ou six : pourquoi le chiffre a bougé

Dans les jours qui ont suivi le survol, les déclarations évoquaient quatre à cinq flashs, et certains médias en ont compté jusqu’à six. Trois astronautes, Wiseman, le pilote Victor Glover et Hansen, ont ensuite marqué des éclairs sur une image de tablette représentant la Lune éclipsée. Leurs notes montrent que plusieurs cercles désignent probablement le même impact, aperçu par plusieurs personnes. Après avoir écarté les rayons cosmiques et les reflets du vaisseau, l’équipe scientifique a retenu cinq éclairs.

Le rapport reste un résumé préliminaire examiné par l’équipe de la NASA, et non une étude évaluée par des pairs. L’échantillon est minuscule, et les estimations de taille des projectiles demeurent provisoires.

Des cailloux que les caméras ratent

Orion embarquait 31 caméras, et aucune image n’a retenu ces éclairs, trop brefs pour être capturés. Molly Wasser, de la division des sciences planétaires de la NASA, a rappelé que ces observations avaient été faites à l’œil nu et qu’il est extrêmement difficile de les saisir avec un appareil. Les seules traces sont les annotations sur la tablette, des notes et des dessins manuscrits des astronautes.

Les roches responsables ne dépassaient pas 5 centimètres de diamètre, à peine plus qu’une balle de golf, mais elles filaient à des milliers de kilomètres par heure, bien au-delà des 900 km/h d’un avion de ligne. La NASA estime que ces éclairs sont probablement les plus faibles jamais perçus à l’œil nu. C’est cette faible luminosité qui a permis de plafonner la taille des impacteurs. Ces positions pourront être croisées avec des observations faites depuis la Terre, une approche défendue par Benjamin Fernando, de l’université Johns Hopkins, dans une prépublication sur EarthArXiv.

Ce que ces éclairs changent pour une base lunaire

Le rapport ne se résume pas à cinq lueurs. Les astronautes y décrivent aussi des nuances de couleur sur la face cachée, consignées dans leurs carnets. L’ensemble représente 996 images et plus de huit heures d’audio, de quoi nourrir les analyses d’équipes extérieures à la NASA.

La NASA affirme que ces données aideront à estimer la fréquence des petits impacts, donc les risques pour les habitats et les infrastructures futurs. Le pôle Sud, où doit s’installer la base Artemis, présente selon l’étude de Fernando un risque d’impact naturellement réduit par rapport aux sites équatoriaux.

Des citoyens scientifiques participent déjà au projet Impact Flash.

Lancé sous l’égide de GEODES, une unité du Solar System Exploration Research Virtual Institute de la NASA, il rassemble des données sur la position et la luminosité des flashs observés lors des missions Artemis. Les observations croisées depuis la Terre et depuis l’orbite doivent préciser le rythme des impacts. Le jeu de données complet est public, et son exploitation revient désormais à des chercheurs extérieurs à l’agence.

Une nuance pèse sur tout comptage : selon Fernando, la fenêtre d’observation d’Artemis II s’étendait aussi sur une partie de la face visible plongée dans l’obscurité. Cinq flashs en 54 minutes ne donnent donc pas, à eux seuls, une fréquence d’impacts par kilomètre carré.