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BepiColombo frôle Mercure deux fois avant un rendez-vous crucial en 2026

Neuf survols planétaires, huit années de voyage et un détour de plus de neuf milliards de kilomètres : voilà ce qu’il aura fallu à BepiColombo pour espérer, cet automne, se stabiliser enfin autour de Mercure. La sonde européenne et japonaise vient de boucler la dernière ligne droite d’une chorégraphie orbitale d’une précision chirurgicale, où chaque survol de la petite planète grise a permis de grappiller la vitesse en trop, celle qui aurait autrement condamné la mission à filer tout droit vers le Soleil. Un exploit d’ingénierie spatiale qui mérite qu’on s’y attarde, tant la mécanique céleste mise en œuvre relève presque du numéro d’équilibriste.

Mercure, une cible aussi fascinante que redoutable à atteindre

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, s’approcher de Mercure n’a rien d’une formalité, bien au contraire. La planète est certes la plus proche du Soleil, mais c’est justement ce voisinage qui pose problème. Plus on se rapproche de notre étoile, plus son attraction gravitationnelle devient puissante, et plus une sonde qui tombe vers elle accélère dangereusement. Sans un freinage savamment orchestré, BepiColombo serait tout simplement incapable de se caler en orbite autour de Mercure : elle la dépasserait à toute vitesse, aspirée par la masse colossale du Soleil.

C’est là qu’intervient toute l’intelligence de la mission. Plutôt que de gaspiller des tonnes de carburant pour ralentir de manière frontale, les ingénieurs de l’Agence spatiale européenne et de la JAXA ont conçu un itinéraire tout en assistances gravitationnelles. Au total, la sonde effectue neuf survols planétaires : un passage par la Terre, deux par Vénus, et pas moins de six par Mercure elle-même. Chaque frôlement permet d’utiliser la gravité de la planète survolée comme un frein naturel, un peu à la manière d’un skieur qui négocie des virages en épingle pour perdre de la vitesse sans jamais freiner brutalement.

Deux survols stratégiques pour freiner la sonde en douceur

Parmi ces six passages près de Mercure, les deux derniers ont pris une importance toute particulière. Ils sont intervenus dans un contexte compliqué : au printemps 2024, un dysfonctionnement des propulseurs électriques de la sonde a réduit sa poussée disponible, menaçant de retarder l’arrivée bien au-delà des prévisions. L’équipe de dynamique de vol de l’ESA a alors dû revoir sa copie en urgence, en concevant une nouvelle trajectoire de contournement pour compenser cette perte de puissance sans sacrifier les objectifs scientifiques de la mission.

Le sixième et dernier survol, réalisé début 2025, a marqué l’aboutissement de ce travail d’ajustement. La sonde est passée à seulement 295 kilomètres au-dessus de la surface de Mercure, un frôlement suffisamment précis pour compléter la dernière manœuvre d’assistance gravitationnelle nécessaire à l’insertion orbitale. Pendant cette fenêtre d’observation exceptionnelle, plusieurs instruments scientifiques embarqués ont été activés, transformant ce simple passage de freinage en véritable session de collecte de données.

Des données précieuses avant même l’arrivée en orbite

Ce survol rapproché n’a pas été qu’une simple formalité technique : il a aussi livré des images inédites du pôle nord de Mercure. Les caméras ont révélé des cratères dont les fonds, plongés en permanence dans l’ombre, pourraient abriter des dépôts de glace, un contraste saisissant avec les vastes plaines voisines, elles, largement baignées de lumière. Cette dualité entre zones gelées et étendues brûlées par le Soleil illustre à quel point Mercure reste une planète d’extrêmes, capable de conserver de la glace à quelques centaines de kilomètres de régions où les températures grimpent à des niveaux difficilement imaginables.

Au-delà de l’aspect visuel, ces passages rapprochés permettent aussi de calibrer les seize instruments scientifiques répartis sur les deux orbiteurs de la mission, l’un conçu par l’ESA, l’autre par la JAXA. Autant de capteurs dédiés à l’étude du champ magnétique, de la composition de surface ou encore de l’exosphère ténue de Mercure, que les équipes peuvent désormais tester en conditions réelles avant le grand rendez-vous. Une répétition générale grandeur nature, en somme, avant que la mission scientifique proprement dite ne débute réellement.

Rendez-vous fixé fin 2026 : le compte à rebours est lancé

Depuis son lancement depuis le Centre spatial guyanais de Kourou, BepiColombo a parcouru un chemin sinueux, ponctué de survols savamment calculés, de la Terre à Vénus, puis de Vénus à Mercure à six reprises. Ce parcours en apparence détourné est en réalité la seule solution viable pour atteindre une planète aussi proche du Soleil sans y être aspiré. L’incident de propulsion survenu au printemps 2024 a certes contraint les équipes à revoir leur calendrier, décalant l’insertion orbitale initialement prévue fin 2025 à novembre 2026, mais la trajectoire de secours mise au point depuis a permis de préserver l’intégralité des objectifs scientifiques de la mission.

D’ici la fin de l’année, la sonde devra franchir l’étape la plus délicate de tout son périple : la séparation de ses deux orbiteurs, le Mercury Planetary Orbiter de l’ESA et le Mercury Magnetospheric Orbiter de la JAXA, avant leur mise en orbite définitive autour de Mercure. Chacun d’eux passera ensuite une année entière à sonder la planète sous des angles complémentaires, offrant aux scientifiques une vision inédite de ce petit monde rocheux resté longtemps parmi les moins explorés du système solaire.

Ce ballet de survols, mené avec une précision digne d’une horlogerie suisse, illustre à merveille la patience qu’exige l’exploration spatiale. Freiner sans moteur, contourner un handicap technique, saisir des données précieuses au passage : chaque étape de ce voyage vers Mercure prépare le terrain d’une mission qui promet d’éclairer, dans les prochaines années, l’histoire encore mystérieuse de cette planète brûlante et pourtant partiellement glacée. Reste désormais à savoir ce que révélera véritablement cette première année d’observation continue, une fois l’insertion orbitale enfin accomplie.