Sur une colline de Pornic, près du local de la police municipale, une dizaine d’archéologues s’activent avec la truelle et le pinceau. Ils ont jusqu’au 9 octobre 2026 pour percer les secrets de cette parcelle de 10 000 m², avant que les pelleteuses du promoteur ne prennent le relais. Les archéologues de l’INRAP ont été mandatés par l’État pour fouiller un site avant la construction d’immeubles, des fouilles qui ont mis au jour des vestiges datant du Néolithique, du médiéval et de l’époque gallo-romaine.
Le projet immobilier qui a déclenché cette course contre la montre s’appelle Vert azur. L’Institut national de recherches archéologiques préventives mène actuellement cette fouille dans le cadre du projet immobilier « Vert azur » porté par le groupe Lamotte. Sur ce site, le promoteur devait construire plus d’une centaine de logements, et a dû retarder ses travaux : suite au diagnostic réalisé en octobre 2025, les archéologues ont eu le feu vert de l’État fin août pour lancer les fouilles. Un an d’attente administrative pour quelques semaines de fouilles intensives.
- Une colline de Pornic a été occupée sans interruption depuis cinq mille ans, du Néolithique au Moyen Âge.
- Les archéologues de l’INRAP ont jusqu’au 9 octobre 2026 pour fouiller dix mille mètres carrés avant la construction d’immeubles.
- Les fouilles ont mis au jour des silex néolithiques, des céramiques, des urnes funéraires gauloises et des structures gallo-romaines.
Cinq mille ans d’occupation ininterrompue
Pourquoi cette parcelle précisément ? La réponse tient en un mot : la hauteur. Sur cette colline, stratégique, car s’installer en hauteur pour dominer l’horizon, c’est une réalité depuis la nuit des temps, « toutes sortes de périodes se succèdent et c’est un secteur qui a été occupé de façon ininterrompue depuis cinq mille ans ». Un vertige chronologique que peu de chantiers de construction déclenchent d’ordinaire.
Le sol raconte cette succession d’époques comme un livre d’histoire feuilleté à l’envers. La fouille a livré différents vestiges du Néolithique jusqu’au Moyen Âge, mettant en évidence une succession d’occupations humaines : des traces d’occupation gauloise, avec probablement une zone dédiée à des activités artisanales, des vestiges de l’Antiquité gallo-romaine avec une structure à combustion et des incinérations, et du Moyen Âge avec fossés et céramiques. Les visiteurs peuvent voir de près les restes d’une dizaine de silex taillés de l’époque néolithique, des céramiques médiévales ou antiques, un jeton de jeu romain ou encore des urnes funéraires gauloises.
Des silos à grains ont aussi émergé de la terre argileuse. Sur cette colline, les archéologues ont retrouvé des traces de silos à grains et d’urnes funéraires de l’époque gauloise. Ce n’est pas une découverte isolée dans le quartier. Ces recherches enrichissent un ensemble d’études menées dans cette zone depuis les années 1980, permettant de reconstituer plusieurs millénaires d’histoire locale. Une continuité scientifique rare, qui transforme ce coin de Pornic en véritable carotte archéologique du territoire.
Une terre compacte, un chantier contre la montre
Creuser ici n’a rien d’une promenade. Fabrice Brutus, archéologue à l’INRAP, et son équipe tournent les pages de l’histoire à la truelle, au pinceau, mais aussi à la pelle mécanique, car la terre est compacte et argileuse. Ce mélange d’outils manuels et d’engins de chantier illustre bien la tension propre à l’archéologie préventive : aller vite, sans rien casser.
C’est une véritable course contre la montre car les constructeurs sont de retour le 9 octobre. D’ici là, chaque objet doit être traité selon un protocole strict. Il faudra recoller, dessiner, photographier et préserver un maximum d’objets. « Ces objets sont ensuite, après études et analyses, conservés par l’État et se retrouvent parfois dans les musées. »
Trois ans. Voilà généralement le temps que prennent les analyses post-fouilles ailleurs en France, comme le montrent d’autres chantiers INRAP menés cette même année. À Pornic, le calendrier est bien plus serré : quelques semaines pour tout documenter avant l’arrivée des engins de terrassement du groupe Lamotte.
Le public invité avant la fermeture du site
Fait rare pour un chantier archéologique : les habitants ont pu y entrer. Autre temps fort du programme proposé par la Ville : l’ouverture exceptionnelle au public du chantier de fouilles actuellement mené par l’Institut national de recherches archéologiques préventives, dans le cadre du projet immobilier « Vert azur » porté par le groupe Lamotte. L’événement s’est tenu les 19 et 20 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.
Les archéologues n’ont pas seulement laissé regarder. Ce sont des fouilles intensives qui se déroulent, mais les archéologues, passionnés, ont pris du temps pour guider, expliquer et même animer des ateliers pour le grand public. Ils ont guidé les visiteurs et animé des ateliers pédagogiques, pour présenter les techniques et les différentes spécialités de l’archéologie.
Cette 43e édition des Journées du patrimoine portait un thème qui résonne particulièrement avec ce chantier éphémère. Le thème national « Patrimoine en péril » donnait une résonance particulière à cette programmation, rappelant que le patrimoine constitue une mémoire vivante qu’il convient de connaître, de transmettre et de préserver. Difficile de trouver illustration plus concrète : dans trois semaines, ce sol sera scellé sous du béton et des jardins privatifs.
Côté mairie, l’initiative a été saluée sans réserve. « Ça raconte l’histoire de notre commune, c’est important de savoir », assure l’adjointe Catherine Vasseur. Une phrase qui résume l’enjeu de ces fouilles express : sauver la mémoire du lieu avant que sa surface ne devienne, définitivement, autre chose.
Le groupe Lamotte, lui, reprendra ses travaux comme prévu début octobre. Les objets extraits du sol pornicais, eux, entameront un tout autre parcours : études en laboratoire, puis, pour certains, une place dans les vitrines d’un musée régional.


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