Le 9 février 1971, la capsule Kitty Hawk amerrit dans le Pacifique après dix jours passés autour de la Lune. Quelques heures plus tard, dans le centre de décontamination de Houston, les sachets de graines d’arbres embarqués par l’astronaute Stuart Roosa éclatent pendant la procédure de décontamination, dispersant leur contenu dans la chambre et l’exposant au vide, au point que l’on craint qu’elles ne soient plus viables.
- Les sachets de graines éclatent dans la chambre à vide du centre de décontamination de Houston en 1971
- Environ 450 à 500 graines de cinq essences différentes survivent malgré l’exposition au vide spatial
- Entre 200 et 300 jeunes arbres sont plantés aux États-Unis et dans le monde entre 1975 et 1980
Une expérience née de l’amitié entre deux pompiers du ciel
Ed Cliff, alors patron du Service des forêts américain, connaissait Stuart Roosa depuis l’époque où celui-ci sautait en parachute pour combattre les incendies, et lui propose d’emporter des graines dans l’espace. Stan Krugman, généticien du Forest Service, prend la direction du projet et choisit cinq essences, pin à encens, platane, copalme d’Amérique, séquoia et sapin de Douglas, rangées dans un contenant à peine plus grand qu’une canette de soda. Chaque graine est triée puis scellée dans un petit sachet en plastique, glissé dans une boîte métallique elle-même rangée dans la trousse personnelle de l’astronaute, qui l’emporte avec lui en orbite lunaire à bord du module Kitty Hawk.
Des graines témoins, elles, restent sagement sur Terre pour servir de point de comparaison.
Le vide qui a failli tout détruire
De retour sur Terre, l’équipage passe 17 jours en quarantaine dans une installation mobile, le temps de vérifier qu’aucune contamination lunaire n’a été rapportée. Tout ce que les astronautes ont emporté avec eux, trousses personnelles comprises, doit subir la même procédure. Placés dans une chambre à vide, les sachets scellés, pourtant sortis de leur boîte métallique protectrice, cèdent sous la différence de pression. Les graines se répandent alors dans toute la chambre, exposées à un vide spatial que l’expérience n’avait jamais prévu de leur faire subir.
La crainte est immédiate : une décompression aussi brutale a pu tuer les embryons végétaux. Stan Krugman fait alors récupérer chaque graine par les techniciens, les trie lui-même une par une, puis les confie au chercheur chargé de tenter leur germination.
Les estimations du nombre exact de graines embarquées varient encore aujourd’hui, certaines évoquant environ 500 spécimens, d’autres, plus proches du décompte initial de Krugman, près de 2000.
Des graines revenues à la vie, semées aux quatre coins du monde
Contre toute attente, l’épisode dans la chambre à vide n’a pas endommagé les graines, et la plupart germent comme prévu. « It was part science, part publicity stunt », résumera plus tard Stan Krugman à propos de l’ensemble du projet. Sur l’ensemble du lot, environ 450 semis viables finissent par apparaître.
Entre 1975 et le début des années 1980, entre 200 et 300 jeunes arbres sont plantés aux États-Unis et dans le monde, souvent à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance américaine en 1976. Certains prennent racine près d’Independence Hall à Philadelphie ou sur le site historique de Valley Forge, tandis qu’un autre part pour La Nouvelle-Orléans, dont le maire de l’époque s’appelait justement Moon, et qu’un exemplaire est offert à l’empereur du Japon pour son anniversaire. Pour répondre à la demande, des boutures sont prélevées sur les semis existants, et environ 600 arbres au total finissent par être distribués.
Un demi-siècle plus tard, la trace de nombreux arbres a été perdue, et le scientifique de la NASA Dave Williams n’en a recensé qu’une quatre-vingtaine encore identifiés. « The trees are the only living thing to commemorate man’s most impressive achievement », confiait en 2015 Jack Roosa, le fils de l’astronaute.
En 2022, une nouvelle génération de graines a refait le même voyage autour de la Lune, à bord de la mission Artemis I.
À Houston, faute d’installations adaptées, la plupart des semis conservés sur place ne survivent pas plus d’un an. La NASA continue pourtant, aujourd’hui encore, de rechercher et documenter les arbres encore vivants issus de cette aventure. « It’s possible you might live near a Moon tree and you don’t know about it », résume Dave Williams.
Sources : space.com | science-nasa-gov.translate.goog | nasa.gov


Laisser un commentaire