Le 18 août 2026, dans le sas Quest de la Station spatiale internationale, l’astronaute française Sophie Adenot enfilera une combinaison conçue près de quarante-cinq ans plus tôt pour sortir dans le vide spatial. Elle deviendra la première Française à réaliser une «marche spatiale». À ses côtés, l’Américain Anil Menon, qui a lui-même effectué sa première sortie extravéhiculaire quelques jours plus tôt. Le scaphandre qu’ils porteront tous les deux, l’EMU, n’a presque pas changé depuis les débuts de la navette spatiale.
L’objectif de cette sortie n’a rien de spectaculaire sur le papier, mais tout d’anecdotique sur le terrain. La sortie de Menon et Adenot le 18 août aura pour but principal de remplacer une antenne située sur la poutre principale, le segment Z1, qui assure des transmissions à haut débit entre le complexe orbital et le sol. Six heures et demie de travail en apesanteur, sous vide, pour changer une pièce que l’on remplacerait chez soi en dix minutes avec un tournevis. Jessica Meir, commandante de l’ISS, et son compatriote Jack Hathaway assisteront les deux astronautes depuis l’intérieur, notamment en pilotant le bras robotique canadien Canadarm2.
À retenir
- Pourquoi la NASA confie à ses astronautes des combinaisons plus vieilles que l’Internet ?
- Quand l’absence d’une seule taille de combinaison a annulé un événement historique au Congrès américain
- Les incidents graves qui menacent les sorties spatiales actuelles avec du matériel datant de l’ère Reagan
Un scaphandre plus vieux que la station elle-même
L’engin qui protégera Sophie Adenot du vide spatial s’appelle l’EMU, pour Extravehicular Mobility Unit. Rien à voir avec les combinaisons futuristes que l’on imagine parfois. Les deux astronautes porteront des scaphandres NASA de type EMU, un modèle dont l’histoire remonte directement aux années Reagan. Le design de l’EMU date de 1981, ce qui en fait un équipement vieux de plus de 40 ans, dont l’architecture centrale n’a pas changé depuis l’époque de la navette. Pour situer : en 1981, le Minitel venait tout juste d’être expérimenté en France et personne n’avait encore entendu parler d’Internet.
Le suit a réellement pris son envol un peu plus tard. Utilisé pour la première fois lors de la mission STS-6 en avril 1983, il a constitué l’épine dorsale de toutes les opérations extravéhiculaires américaines pendant plus de quatre décennies, entre les missions de la navette, l’assemblage de l’ISS et les réparations du télescope Hubble. La prouesse technique tient dans sa conception modulaire : une partie supérieure rigide en fibre de verre et une partie inférieure souple qui peuvent être ajustées en orbite grâce à un jeu de bagues et de composants stockés sur la station, permettant à une même combinaison de s’adapter à des astronautes de tailles différentes. Un peu comme si l’on redimensionnait un costume sur mesure directement dans un vestiaire flottant à 400 kilomètres d’altitude.
Quand une taille manquante a fait annuler une sortie historique
Cette histoire de tailles ajustables n’a pourtant pas toujours suffi. En mars 2019, la NASA s’apprêtait à organiser la toute première sortie spatiale entièrement féminine de son histoire, avec les astronautes Anne McClain et Christina Koch. Un problème de disponibilité de combinaisons a finalement conduit à remplacer McClain par un homme, les deux femmes ayant besoin d’une combinaison de taille medium alors qu’une seule serait disponible dans cette taille à temps pour la sortie. McClain s’était entraînée avec une combinaison large comme avec une medium, mais lors d’une sortie préliminaire réalisée la semaine précédente, elle avait réalisé que la taille la plus petite lui convenait mieux.
L’affaire a fait grand bruit, jusqu’au Congrès américain. La décision a été accueillie par des titres moqueurs, un sketch du Saturday Night Live et des questions posées à l’administrateur de la NASA Jim Bridenstine devant la commission scientifique de la Chambre des représentants. La NASA s’était pourtant défendue en assurant disposer de plusieurs torses de taille medium à bord, mais avoir préféré changer les équipages plutôt que de reconfigurer les combinaisons pour respecter le calendrier. Sept ans plus tard, l’anecdote reste un cas d’école sur la logistique impitoyable des sorties spatiales : quand il ne reste qu’une seule pièce à la bonne taille, c’est tout un planning qui bascule.
Des fuites d’eau qui inquiètent plus qu’un problème de taille
Le vrai souci avec l’EMU n’est plus tant la taille que l’âge. Les incidents se sont multipliés ces dernières années, certains bien plus sérieux qu’une histoire de torse mal ajusté. Plusieurs sorties spatiales ont été perturbées ou interrompues à cause d’une accumulation d’eau à l’intérieur du casque, une défaillance potentiellement mortelle provenant du système de refroidissement par sublimation de la combinaison. Le cas le plus grave reste celui de l’astronaute italien de l’ESA en 2013. L’incident le plus sérieux s’est produit en juillet 2013 quand le casque de l’astronaute de l’ESA Luca Parmitano s’est rempli d’environ 1,5 litre d’eau pendant une sortie, manquant de le noyer.
Plus récemment encore, en juin 2024, une sortie a dû être annulée in extremis. Un problème d’inconfort du scaphandre a forcé l’annulation d’une sortie prévue à l’extérieur de l’ISS par deux astronautes américains, environ une heure avant le début de leur mission de réparation. Quelques jours plus tard, un nouveau problème technique surgissait : la sortie a été annulée en raison d’une fuite d’eau dans l’unité de refroidissement et de service ombilicale de la combinaison d’une des deux astronautes. La NASA elle-même reconnaît le problème de fond. Les sorties passées ont été annulées à cause de problèmes liés aux combinaisons de la station, conçues il y a près d’un demi-siècle avec seulement des refontes et des remises à neuf mineures, et l’inspecteur général de la NASA a jugé qu’elles étaient mûres pour une mise à niveau, que l’agence a confiée à Collins Aerospace.
D’ici à ce que la nouvelle génération de combinaisons entre réellement en service sur l’ISS, les astronautes continueront donc de sortir dans le vide avec un équipement pensé à l’époque des cassettes VHS et des premières calculatrices de poche. Sophie Adenot rejoindra ainsi une lignée précise : tous genres confondus, elle deviendra la cinquième personne française à s’aventurer dans le vide spatial, à la suite de Thomas Pesquet, auteur de six sorties en deux missions dans l’ISS. Une antenne à changer, une combinaison d’un autre siècle, et une pointe d’histoire spatiale française qui se joue à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes.
Sources : journaldugeek.com | cieletespace.fr
