Un navire marchand coulé au large de la côte méditerranéenne turque il y a quelque 2 100 ans transportait des milliers d’assiettes et de bols de luxe, calés dans des caisses avec des couches d’argile crue. Le 28 septembre 2026, le ministre turc de la Culture et du Tourisme, Mehmet Nuri Ersoy, a annoncé sur X la remontée de cette vaisselle de l’épave d’Adrasan, dans la province d’Antalya. Des milliers de pièces ont été remontées depuis le début de la fouille en 2025.
Un site spécialisé en histoire avance le chiffre de 6 000 pièces intactes.
- L’épave d’Adrasan contenait environ 6 000 assiettes et bols romains de luxe datant de 2 100 ans.
- L’emballage en caisses de bois avec couches d’argile crue a protégé la vaisselle lors du naufrage.
- La cargaison provenait de Rhosus et suivait une route commerciale entre Antioche, l’Égée, la Grèce et l’Italie.
Des piles de vaisselle sauvées par l’argile
Tout tient à l’emballage. Les plats étaient emboîtés les uns dans les autres, puis rangés dans des caisses en bois avec de l’argile entre les couches pour amortir les chocs. Le système a si bien fonctionné que les assiettes ne se sont pas brisées quand le navire a sombré. Les céramiques remontées ont ensuite été transférées au musée d’Antalya ou dans des laboratoires de conservation.
Le recensement fait état de 122 formes et tailles différentes : assiettes à noix, bols à soupe, plats à poisson et plateaux de dimensions variées. Le bateau ne transportait pas une cargaison mixte : la vaisselle y occupait une place exceptionnelle.
Le gisement repose entre 42 et 55 mètres de profondeur, soit l’équivalent d’un immeuble de quatorze à dix-huit étages couché au fond de l’eau. Cette profondeur a imposé le recours à des systèmes robotiques sous-marins. Les fouilles sont menées avec l’université Akdeniz d’Antalya.
D’Antioche à Rome, une route du luxe
La cargaison principale se compose d’assiettes et de bols qui viendraient de Rhosus, dans l’actuel district d’Arsuz, province de Hatay. Des monnaies d’Antioche du Ier siècle avant notre ère aident à dater l’épave. Les chercheurs pensent que le navire suivait une route reliant Antioche, la région égéenne, la Grèce et la côte italienne, au milieu du Ier siècle avant J.-C. Des amphores probablement produites dans certaines îles de l’Égée ont aussi été retrouvées, signe que le bord embarquait des marchandises de plusieurs centres de production.
Selon le ministère, ce type de vaisselle était très recherché à Rome.
Le ministère turc rapproche cette poterie d’un service de table que Cicéron avait commandé par lettre. Les spécialistes jugent l’identification plausible, mais non prouvée.
Une épave connue, une fouille qui change d’échelle
L’épave n’est pas une découverte de 2026. En 2023, l’archéologue sous-marin Hakan Öniz, de l’université Akdeniz, et Emre Okan l’avaient décrite dans le Journal of Maritime Archaeology (volume 18, pages 237-253). Rien qu’en 2025, les équipes de cette université ont documenté dix épaves lors de prospections à Antalya et à Fethiye.
L’épave d’Ayvalık, dans la province de Balıkesir, est considérée comme la plus grande « épave d’assiettes » découverte en Égée et en Méditerranée : un navire marchand du Ve siècle apr. J.-C. portait environ 10 000 pièces de céramique, remarquablement conservées. Les deux sites racontent le même commerce, à des siècles d’écart.
Adrasan, elle, date d’environ cinq siècles plus tôt.
Reste une nuance sur les chiffres. Les comptes rendus de l’annonce ministérielle parlent de « milliers » de pièces sans donner de total précis, et les 6 000 pièces intactes viennent d’un seul site spécialisé. La fouille se poursuit, et seul un inventaire complet des céramiques conservées à Antalya dira combien d’assiettes dormaient dans les caisses.


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