Sous le sable de la nécropole ouest de Gizeh, entre 0,5 et 2 mètres de profondeur, repose une structure en L d’environ 10 mètres sur 15. Les chercheurs l’ont identifiée à cette profondeur, remplie de sable homogène. Des équipes japonaises et égyptiennes ont analysé cette zone vide entre 2021 et 2023, sans donner un seul coup de pioche. Leur article est paru le 5 mai 2024 dans la revue Archaeological Prospection.

Sa fonction reste inconnue.

À retenir
  • Un L de 10 sur 15 mètres repose entre 0,5 et 2 mètres sous le sable de la nécropole ouest.
  • Radar et tomographie électrique ont donné le même tracé, sans aucune fouille.
  • Sous ce L, une anomalie plus profonde s’étend de 3,5 à 10 mètres, sans identification certaine.

Une zone blanche au pied de la pyramide de Khéops

Le secteur étudié se trouve dans le cimetière occidental, tout près de la Grande Pyramide. C’est là que reposaient des membres de la famille royale et de hauts fonctionnaires, dans des mastabas, ces chapelles funéraires rectangulaires dont des puits mènent aux chambres souterraines. Pourtant, une grande partie de sa zone centrale n’avait pas été fouillée depuis des décennies, faute de structures visibles en surface. Les auteurs soulignent qu’aucune investigation souterraine n’y avait jamais été menée. L’équipe réunit l’université Higashi Nippon International, l’université du Tohoku et l’Institut national égyptien d’astronomie et de géophysique (NRIAG).

Pour sonder le sol, les chercheurs ont combiné deux outils complémentaires. Le premier, la tomographie de résistivité électrique (ERT), envoie des courants dans le sol et mesure la résistance rencontrée. Le second, le radar à pénétration de sol (GPR), émet des ondes et cartographie les structures d’après leur écho. Chacun apporte un angle différent, ce qui permet de recouper les signaux.

Les deux méthodes ont convergé sur un même point.

Ce que révèlent les relevés

Dans la partie nord de la zone, le radar dessine un L aux lignes franches. Le remplissage de sable homogène indique un vide, rebouché après la construction. Les sources divergent légèrement sur les dimensions : l’étude et plusieurs relais parlent de 10 mètres sur 15, tandis que d’autres articles évoquent 10 sur 10 ou « au moins 10 mètres » de long. Le chiffre de 10 sur 15 est celui du résumé scientifique.

Le géophysicien Motoyuki Sato, de l’université du Tohoku, écarte l’idée d’un accident géologique. Selon lui, le L ne peut pas se former dans des structures géologiques naturelles. Des angles aussi nets, une orientation régulière, un comblement volontaire : tout indique la main humaine.

Un L parfait ne se forme pas tout seul.

Une seconde anomalie, bien plus profonde

Sous cette structure, l’ERT a détecté autre chose. Une anomalie très résistive, peut-être du sable ou un vide, s’étend de 3,5 à 10 mètres de profondeur sur une surface de 10 mètres sur 10. Dix mètres, c’est à peu près la hauteur d’un immeuble de trois étages, mais enfoui. Les auteurs avancent une hypothèse prudente : la structure à l’origine de ces signaux pourrait être faite de murs verticaux en calcaire, ou de puits menant à un édifice funéraire. Le L aurait alors servi d’entrée vers cet espace plus profond, même si sa finalité exacte reste incertaine.

D’autres pistes circulent. Certains évoquent une entrée de tombe, d’autres un chantier de construction ensuite comblé de sable. Rien ne tranche entre ces scénarios, et les auteurs le reconnaissent eux-mêmes : un relevé plus détaillé serait nécessaire pour confirmer ces résultats.

Entre prudence scientifique et emballement

Une anomalie résistive peut être un vide, un amas de gravier ou une poche de sable sec. Le signal électrique ne dit pas lequel. Les chercheurs eux-mêmes parlent d’un mélange de sable et de gravier, ou peut-être d’un vide d’air. C’est pourquoi les auteurs parlent d’anomalie et non de chambre ou de tombe.

Cette prudence tranche avec les rumeurs qui ont suivi. En 2025, des allégations virales ont décrit cinq structures identiques sous la pyramide de Khéphren, reliées entre elles, et huit puits descendant à 648 mètres. Snopes a conclu que rien ne prouvait leur existence. Cette recherche n’avait apparemment été ni relue par des pairs ni corroborée par des archéologues reconnus. L’étude de Sato et de ses collègues n’a aucun rapport avec ces affirmations : elle décrit des anomalies modestes, dont l’interprétation exige une fouille.

Reste la question de la fouille elle-même. Smithsonian Magazine, citant Live Science, indiquait que des excavations étaient en cours. Je n’ai retrouvé, en octobre 2026, aucun résultat publié de ces travaux, ni confirmation de ce que contient le sous-sol. Les services archéologiques égyptiens n’ont pas communiqué d’inventaire. Tant qu’un sondage n’aura pas atteint le comblement de sable, le L de Gizeh restera un tracé sur un écran, aussi net soit-il.

La méthode, elle, a fait ses preuves. Sans toucher au sol d’un site protégé, elle a livré en deux ans de relevés une cible précise, un L de 10 sur 15 mètres, à moins de deux mètres sous le sable.