Dix-huit crânes sur quarante-six portent des traces de coups probablement mortels. C’est le résultat d’un réexamen publié le 5 octobre dans la revue Frontiers in Environmental Archaeology par Roselyn Campbell, anthropologue à l’université Purdue (Indiana). Ces ossements viennent d’Abydos, où les premiers rois d’Égypte furent inhumés vers 3000 av. J.-C., et ils donnent un appui physique à une hypothèse vieille d’un siècle.
Soit 39 % de l’échantillon.
- Dix-huit crânes sur quarante-six portent des traces de coups probablement mortels.
- Les crânes proviennent de tombes liées aux rois Djer et Djet et à la reine Meretneith.
- Le sacrifice de serviteurs a duré environ entre 3100 et 2900 av. J.-C.
- La pratique a disparu dès la IIe dynastie, remplacée par des statuettes.
Un soupçon resté sans preuve pendant un siècle
Autour des tombes royales d’Abydos, des centaines de petites sépultures abritaient des officiers de cour, des artisans et des membres de la maisonnée du souverain. Beaucoup semblaient avoir été comblées au même moment, ce qui a poussé l’archéologue britannique Flinders Petrie à soupçonner des sacrifices. Il n’a pourtant trouvé aucune blessure sur les os. Des chercheurs ultérieurs ont avancé une explication plus sobre : ces gens seraient morts de façon naturelle et auraient été enterrés près de leur roi au fil du temps.
Petrie a réenterré la plupart des squelettes, mais il a conservé les crânes et en a expédié une partie en Angleterre. Quarante-six d’entre eux dorment depuis près de cent ans dans la Duckworth Collection, à l’université de Cambridge. Ils proviennent de tombes liées aux rois Djer et Djet et à Meretneith, une femme qui a probablement régné à certains moments.
Roselyn Campbell les a repris un par un avec les méthodes de la médecine légale moderne, en cherchant des lésions survenues autour du moment de la mort. Elle a constaté que beaucoup présentaient des fractures linéaires, que Petrie avait prises pour des dégâts postérieurs à l’enterrement. Or ce type de fracture apparaît quand le crâne reçoit ou heurte un gros objet avec une force globale modérée, et l’onde de choc se diffuse alors sur toute la voûte crânienne.
Ce que racontent les fractures
Les lésions relevées vont des fractures linéaires multiples sur la voûte à une blessure pénétrante sur le côté d’une tête, et jusqu’à une plaie tranchante au niveau d’un œil. Selon la chercheuse, ces fractures entraînent une perte de conscience rapide, une hémorragie interne et la mort. Les spécialistes qui réfléchissaient à la question avaient jusque-là évoqué l’étranglement ou l’empoisonnement, des hypothèses que rien de matériel n’appuyait.
On ignore toujours quelles armes ont servi.
Reste le sort des vingt-huit autres crânes, qui ne montrent aucune lésion. Certains de ces individus sont peut-être morts naturellement, et la cause de leur décès demeure inconnue. Campbell prévient d’ailleurs qu’on ne peut pas étendre ce taux de 39 % aux centaines d’autres sépultures du site.
Une pratique brève, entre foi et démonstration de force
L’image des serviteurs vivants emmurés avec des pharaons momifiés relève du cliché. Les sacrifices de serviteurs ont bien existé, mais sur une période courte : entre 3100 et 2900 av. J.-C. environ, au moins cinq souverains de la Ire dynastie ont été inhumés avec des subordonnés tués.
Les archéologues y voient un mélange de croyances religieuses et de hiérarchie sociale. Un roi s’assurait ainsi un personnel pour l’au-delà, et il affichait en même temps l’étendue de son autorité. Campbell définit le sacrifice de serviteurs comme le fait de tuer les proches d’un dirigeant à sa mort. Certains ont pu se porter volontaires, pour l’honneur ou pour la vie éternelle, tandis que d’autres ont été désignés, voire contraints.
Tout cela se passait cinq siècles avant la construction de la Grande Pyramide.
La pratique s’est éteinte très vite : à la IIe dynastie, on ne la retrouve plus, et des statuettes remplacent les personnes. Roselyn Campbell dit s’être intéressée à ces serviteurs parce qu’ils sont enterrés auprès de la royauté mais relégués en notes de bas de page dans la grande histoire. Faute de pouvoir leur rendre un nom, son étude leur restitue au moins la cause probable de leur mort.
Sources : techlicious.com | popsci.com


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