Les contre-mesures actuelles, centrées sur la force et l’endurance, ne suffisent pas à préparer les astronautes à la récupération après le vol. Les muscles de Sophie Adenot ne seront donc pas le problème. Ce qui va flancher d’abord, c’est l’oreille interne, ce capteur d’équilibre devenu inutile pendant près de huit mois sur l’ISS.
Le coupable se cache derrière les tympans.
Le système vestibulaire est un petit bijou de précision logé dans le labyrinthe des deux oreilles, surnommé notre sixième sens. En apesanteur, les astronautes perdent les fonctions de l’oreille interne liées à la gravité, et sans contact avec le sol, ils perdent aussi les données de proprioception. Le cerveau, privé de repères, recalcule tout. Après six mois dans l’espace, on observe des troubles de l’équilibre et de la marche, un sens de l’orientation perturbé et une difficulté à stabiliser le regard.
- Le système vestibulaire de l’oreille interne s’adapte à l’apesanteur et devient inutile pendant le vol spatial.
- Les troubles de l’équilibre et de la marche disparaissent généralement après quelques jours suivant le retour sur Terre.
- Sophie Adenot suivra un programme de récupération sur mesure de trois semaines au centre de Cologne.
Ce qui attend l’astronaute à l’atterrissage
Partie de Cap Canaveral à bord d’une Falcon 9 avec Jessica Meir, Jack Hathaway et Andrey Fedyaev, la Française rentre au terme d’un séjour commencé en février. L’ESA annonce son retour sur le sol européen vers le 7 ou le 8 octobre 2026.
Premier choc : le poids. Dans une chronique pour franceinfo, la rédactrice en chef de Numerama Nelly Lesage anticipe que la première chose ressentie dans la capsule sera sans doute le poids de sa propre tête. Thomas Pesquet, lui, a décrit au retour de sa mission une situation presque absurde : le système vestibulaire n’étant plus calibré, il est impossible de tenir debout sans garder les yeux ouverts. Côté délais, l’astronaute belge Frank De Winne raconte que pour marcher, au début, on a besoin d’aide, puis qu’après un ou deux jours on peut marcher seul.
Pour mesurer les dégâts, les médecins de vol font marcher les astronautes le long d’une simple ligne droite.
Pourquoi la salle de sport ne règle pas tout
Les muscles, eux, paient bel et bien leur tribut : ils s’atrophient de 20 à 30 %, surtout ceux du dos, du cou, des mollets et des cuisses. Mais ce déficit se corrige par des exercices ciblés, comme les kinésithérapeutes le font depuis des décennies. L’oreille interne, elle, relève d’une adaptation du cerveau. Les chercheurs attribuent ces changements principalement à des adaptations centrales du système vestibulaire, ce qui explique qu’on ne les muscle pas.
Le précédent de Suni Williams et Butch Wilmore, restés neuf mois en orbite, éclaire le cas d’Adenot. La chercheuse Rachael Seidler s’attendait à des problèmes d’équilibre durant les premiers jours, voire les premières semaines.
Trois semaines de rééducation sur mesure
Peu après son arrivée en Allemagne, Sophie Adenot sera conduite au Centre européen des astronautes de l’ESA et à l’installation « envihab » du Centre aérospatial allemand, à Cologne. Médecins de vol, kinésithérapeutes et préparateurs physiques de l’ESA la suivront grâce à un programme de récupération sur mesure. Ce programme doit durer environ trois semaines.
Les tests commencent quasi immédiatement. Un chercheur de la NASA cité par Le Monde explique que son équipe évalue les troubles deux heures après le retour, puis le lendemain, puis deux et quatre jours plus tard, et que tout rentre généralement dans l’ordre après quelques jours.
Pendant ce temps, la science continue de tourner. Au fil des huit mois, la Française aura mené plus de 200 expériences scientifiques destinées à préparer les prochaines missions spatiales. Les chercheurs surveilleront aussi de près sa récupération : chaque astronaute qui revient apporte des données de plus sur ce que subira un équipage à destination de Mars.
Une piste inattendue circule d’ailleurs dans la littérature scientifique. Une publication consacrée aux personnes atteintes de vestibulopathie bilatérale, dont l’oreille interne est défaillante, avance que ces personnes sont immunisées contre le mal des transports et pourraient être mieux préparées à l’atterrissage après un vol spatial. Habituées à tenir debout sans leur oreille interne, elles pourraient inspirer les futurs protocoles de rééducation.
Sources : franceinfo.fr | ncbi.nlm.nih.gov | esa.int


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