Depuis la visite de Hiram Bingham en 1911, Machu Picchu a été photographié, mesuré et arpenté sous toutes ses coutures. La forêt qui l’entoure vient pourtant de livrer plus de 2,5 kilomètres de chemins que personne n’avait cartographiés. L’annonce, faite le 10 août 2026 par la Direction de la culture de Cusco, s’appuie sur un relevé LiDAR réalisé en juillet.

Le plus long tronçon repéré dépasse 1,2 kilomètre.

À retenir
  • Un relevé LiDAR de juillet 2026 a révélé 2,5 km de chemins préhispaniques inédits autour du mur de Mandor, à l’est de Machu Picchu
  • Le tronçon principal dépasse 1,2 km avec un tracé en lacets compatible avec une construction inca
  • Des terrasses et plateformes sont également visibles sous la canopée, mais leur datation et fonction restent à confirmer par des fouilles

Une citadelle à 2 430 mètres, entourée d’angles morts

Bâtie vers 1450-1470 sur une crête de la cordillère orientale, à 2 430 mètres d’altitude, la citadelle offre au visiteur ses terrasses, ses temples et ses escaliers restaurés. Tout autour, le versant disparaît sous la forêt de nuages. Il y tombe environ 2 000 mm de pluie par an, de quoi entretenir une végétation qui engloutit tout ce qu’on cesse de dégager. De l’autre côté de l’Urubamba, le mur de Mandor se devine sur la pente voisine.

En 2016, des chercheurs de l’université de Sydney ont obtenu l’autorisation de survoler environ 5 000 hectares (12 350 acres) autour du site. Ils disposaient d’une heure et demie par jour, du 31 mai au 7 juin, à 1 000 mètres minimum au-dessus de la jungle.

Le sous-bois dense avait brouillé les résultats de ce premier essai.

Le drone a rebattu les cartes. À Chachabamba, site cérémoniel situé à moins de huit kilomètres de la citadelle, un LiDAR embarqué sous drone a révélé une douzaine de petites structures, décrites dans le Journal of Archaeological Science. Selon les chercheurs, le nombre de vestiges connus sur place a presque doublé.

Juillet 2026 : un réseau sur la rive d’en face

Menée par une équipe polono-péruvienne, la campagne a repéré plus de 2,5 kilomètres de chemins préhispaniques inédits autour du mur de Mandor, à l’est de la citadelle. C’est un peu plus d’une fois et quart la longueur des Champs-Élysées. Le tronçon principal fait au moins 1,2 kilomètre, avec un tracé en lacets. Selon les comptes rendus, le total oscille entre 2,4 et 2,5 kilomètres.

Ce zigzag est compatible avec une construction inca.

Les données laissent aussi deviner des terrasses et des plateformes sous la canopée. Les chemins ont été repérés autour du mur, sans qu’on puisse affirmer qu’ils le prolongent.

Derrière ce travail, on trouve le Centre d’études andines de l’université de Varsovie et la Direction de la culture de Cusco. Jan Kłaput a dirigé le relevé archéologique, Bartłomiej Ćmielewski, de l’université de technologie de Wrocław, les outils de télédétection. Mariusz Ziółkowski, directeur du centre varsovien, estime que la découverte révise nettement les hypothèses sur le fonctionnement de l’ensemble du complexe.

Ce que le laser ne dit pas

Le ministère péruvien de la Culture reste prudent et parle de chemins préhispaniques, pas d’un réseau inca avéré. Leur âge et leur fonction sont inconnus. Il peut s’agir de routes incas, de vestiges antérieurs ou d’un paysage remodelé à plusieurs époques. Un nuage de points mesure un relief, il ne date rien.

L’équipe prévoit d’achever le relevé lors de la campagne de l’an prochain. Elle envisage ensuite des fouilles partielles des chemins et des structures voisines.

Aucun sondage n’a donc encore touché ces tracés.

Au prochain passage dans la citadelle, mieux vaut regarder vers la rive d’en face, là où le mur de Mandor se détache déjà sur la pente. À Chachabamba, le LiDAR avait atteint environ 70 points laser par mètre carré. Cette densité a suffi à dessiner des murets de 90 centimètres de large et de moins de 50 centimètres de haut, que le promeneur enjambe sans les voir.