Une vingtaine de monnaies, parfois soudées entre elles par la corrosion, reposaient dans le remblai d’une cave romaine. L’Inrap les a mises au jour en périphérie de Lemud, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Metz. Frappées à l’époque valentinienne, elles datent la fin de vie d’une villa qui avait connu plusieurs phases de construction.
Ce dépôt n’a rien d’un trésor enfoui à la hâte.
- Une vingtaine de monnaies valentiniennes ont été trouvées au sommet du comblement d’une cave à Lemud.
- La cave a été vidée de son parement, ses moellons récupérés pour bâtir ailleurs.
- Les monnaies placent ce démontage dans la seconde moitié du IVe siècle de notre ère.
D’un bâtiment sur poteaux à une demeure maçonnée
La villa de Lemud ne sort pas de terre d’un seul bloc. Sous le futur bâtiment résidentiel en maçonnerie, les archéologues ont identifié un plan rectangulaire d’environ 7,5 m par 15 m, composé de douze poteaux monumentaux, soit plus de cent mètres carrés au sol, la surface d’une grande maison individuelle. Les mieux conservés de ces poteaux atteignent environ 1,5 mètre de hauteur pour 50 cm de diamètre. Ils étaient plantés dans de grandes fosses d’un mètre de large.
L’Inrap parle d’un important établissement rural d’époque romaine précoce, antérieur à la demeure de pierre. Plusieurs états de construction maçonnés ont ensuite été observés, qui signalent des agrandissements de la partie résidentielle.
Dans sa dernière phase, la demeure reçoit une cave. Celle-ci a piégé beaucoup de mobilier archéologique, dont des fragments de parois en terre crue décorées d’enduits peints. Des murs peints dans une exploitation agricole : le niveau de confort dépassait celui d’une simple ferme. Le haut du comblement a aussi livré un lot d’outils en fer relevant du domaine de la construction.
Une cave transformée en carrière
Le sommet du comblement de la cave raconte la suite de l’histoire. Il est composé principalement de petits fragments de calcaire, des déchets laissés sur place lors de la récupération des moellons du parement. C’est dans ces niveaux que se trouvait le dépôt d’une vingtaine de monnaies valentiniennes, concentrées au même endroit. L’oxydation en a collé plusieurs les unes aux autres, comme si elles étaient tombées d’une bourse ou d’un sac. Cette image du sac est une hypothèse de lecture, et non une conclusion de la fouille.
Pièces et outils appartiennent donc au même chantier de démontage.
La pratique n’a rien d’exceptionnel : une fois une villa désertée, ses pierres, ses tuiles et sa chaux servent à bâtir ailleurs. À Laquenexy, autre villa mosellane fouillée sur 17 790 m² lors de trois opérations menées entre 2007 et 2012, les monnaies proviennent elles aussi majoritairement de la phase de récupération de la villa.
Ce que racontent les monnaies valentiniennes
Une monnaie ne date pas un abandon, elle fixe un plancher. Le démontage de la cave ne peut pas être antérieur à la frappe de la pièce la plus récente du lot. À Lemud, ces monnaies placent la récupération des matériaux dans la seconde moitié du IVe siècle de notre ère.
Le qualificatif « valentinien » renvoie à la dynastie lancée en 364 par Valentinien Ier, dont le règne court jusqu’en 375. Parmi les types courants de cette période figure un bronze au revers GLORIA ROMANORVM, où l’empereur, debout, tient le labarum et un captif à genoux. Ce type de petite monnaie de bronze, frappée en grande quantité, est précieux pour les archéologues : sa banalité même en fait un marqueur chronologique fiable.
La précision reste donc celle d’un demi-siècle, pas celle d’une année. Ce qui compte pour l’Inrap, c’est la cohérence du faisceau d’indices : une cave dépouillée de son parement, des outils de maçon laissés dans le remblai, un lot de monnaies d’une même époque. Ensemble, ils dessinent une villa qui a cessé d’être habitée avant d’être démontée, et non l’inverse.
Lemud parmi les villas de Moselle
Lemud n’est pas un cas isolé dans le département. À Goin, dans l’emprise de l’aéroport régional, 80 bâtiments, des cours et des bassins forment un ensemble qui s’étend sur 1,5 ha. Les gros éléments d’architecture y manquent, ce que explique sans doute la présence de fours à chaux sur le site. À Lemud, l’intervention n’a touché qu’une portion de la villa, ce qui invite à la prudence sur l’ampleur réelle du domaine.
Goin a ensuite servi de cimetière, avec une cinquantaine de tombes.
Plus au nord-est du département, à Bassing, l’Inrap a trouvé sur un même site une importante ferme gauloise, une villa gallo-romaine et un habitat mérovingien. Le site abritait aussi un dépôt de plus de 1 000 monnaies gauloises. Ces fouilles montrent que les terroirs fertiles de Moselle ont été occupés sans interruption sur de longues périodes, avec des bâtiments qui se succèdent aux mêmes endroits.
Pour voir le dépôt tel qu’il est apparu dans la cave, la photographie de fouille est consultable dans l’iconothèque de l’Inrap, Images d’archéologie, et le compte rendu complet figure dans les actualités de l’institut. Lemud, de son côté, compte 524 habitants selon les populations de référence 2022 de l’Insee, sur à peine plus de 4 km².
Sources : images-archeologie.fr | researchgate.net


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