SpaceX ne prend plus de réservations sur Falcon 9 pour les missions au-delà de 2028. L’information, rapportée fin septembre 2026 par TechSpot puis reprise par plusieurs médias spécialisés, concerne surtout les lancements dédiés et les programmes de covoiturage orbital. Elle ne vient pas d’un communiqué officiel : elle repose sur des sources du secteur, ce qui incite à nuancer le « tout est complet » du titre.

Le lanceur le plus actif de la planète a déjà un pied dehors.

Les chiffres donnent la mesure de ce qui se joue. En 2025, Falcon 9 a décollé 165 fois, soit un tir toutes les 53 heures en moyenne, et a livré chaque charge utile en orbite, avec un seul échec de récupération de booster. Il a assuré à lui seul près de la moitié des lancements mondiaux de l’année. Au 20 septembre 2026, la famille Falcon 9 totalisait 702 vols, dont 699 succès complets.

À retenir
  • SpaceX ne prend plus de réservations Falcon 9 au-delà de 2028.
  • Les missions de covoiturage Transporter et Bandwagon sont les premières touchées.
  • Starship doit devenir fiable avant que Falcon 9 soit retiré du service.

Un manifeste saturé, les petits satellites en première ligne

D’après Crypto Briefing, le calendrier de Falcon 9 est presque plein. Une part importante des créneaux restants serait réservée à des projets internes de SpaceX, dont son ambitieuse initiative de centres de données d’IA en orbite.

Les programmes de covoiturage sont les premiers touchés. SpaceX a cessé de prendre des réservations pour les missions Transporter (orbite héliosynchrone) et Bandwagon (inclinaison intermédiaire) au-delà de fin 2028, jusqu’au début de 2029. La mission SEOPS Waymaker 2028, l’une des dernières encore ouvertes à la réservation, est complète et affiche de longues listes d’attente.

Ces restrictions auraient commencé à apparaître dès juin 2026.

Pour un opérateur de petits satellites, ces missions groupées étaient la porte d’entrée vers l’orbite à prix maîtrisé : plusieurs dizaines de charges utiles se partagent un même lanceur, et les coûts se répartissent d’autant. Falcon 9 avait popularisé ce modèle, en rendant les rideshares fréquents et prévisibles. Quand l’accès se referme, c’est tout un pan de la jeune industrie spatiale qui doit revoir son calendrier de déploiement.

Starship doit tenir la promesse

Elon Musk a déjà expliqué la logique : SpaceX déplacera ses ressources d’ingénierie et de production de Falcon vers Starship une fois que ce dernier volera de façon fiable, plusieurs fois par semaine. L’objectif, à terme, est plusieurs lancements par jour, ce qui permettrait de retirer progressivement Falcon 9. Selon BigGo Finance, le plan prévoit que Starship termine ses essais et entre en exploitation commerciale d’ici 2028.

Le calendrier reste un pari. TechSpot rappelait fin septembre que Starship n’avait pas encore atteint l’orbite, avec une tentative annoncée pour le 28 septembre. Nous n’avons pas pu confirmer l’issue de ce vol dans les sources consultées.

Sur le papier, la capacité d’emport de Starship dépasse très largement celle de Falcon 9. Il pourrait absorber toutes ses missions et en accueillir de bien plus lourdes. Mais passer d’un prototype en essais à un service commercial cadencé comme un horaire de train en moins de deux ans, aucun lanceur n’y est encore parvenu, pas même Falcon 9 à ses débuts. Le premier vol de ce dernier remonte à juin 2010, et sa cadence actuelle n’a été atteinte qu’une douzaine d’années plus tard.

La NASA et la Station spatiale, angle mort du plan

Falcon 9 transporte aujourd’hui fret et astronautes vers la Station spatiale internationale dans le cadre de contrats avec la NASA. Starship ne peut pas reprendre ce rôle : son étage supérieur est trop volumineux pour s’amarrer à la station.

Le problème se poserait si l’ISS restait en service après 2028, hypothèse que rien n’exclut. La NASA devrait alors s’appuyer davantage sur le Soyuz russe et sur le Starliner de Boeing, à condition que ce dernier soit corrigé. Aucun des deux ne remplacerait Falcon 9 à lui seul, selon MediaSat.

Les concurrents sur la ligne de départ

Le Neutron de Rocket Lab est vu par certains analystes financiers comme le candidat naturel pour occuper le créneau laissé vacant. Un article de Yahoo Finance y voit la plus grande ouverture du marché des lanceurs moyens depuis des années.

Le carnet de commandes de Rocket Lab atteint 2,36 milliards de dollars.

Reste une condition : que Neutron tienne un calendrier que le même article qualifie de non éprouvé. La plupart des nouveaux lanceurs concurrents sont encore en développement et accusent du retard sur leurs plannings initiaux, d’après BigGo. Certains acteurs envisageraient même de construire leurs propres fusées ou de racheter des fabricants de lanceurs pour éviter que leurs satellites restent cloués au sol. Un opérateur européen de lancement serait déjà en train de recueillir une partie des commandes débordées.

SpaceX réduit aussi, depuis un moment, la part de satellites concurrents embarqués sur ses fusées, afin de garder des lanceurs pour Starlink. Le réseau compte 12 946 satellites lancés au 20 septembre 2026, dont 9 670 en service. L’entreprise est donc à la fois le principal fournisseur de lancements du marché et son premier client.

Falcon 9 ne s’arrête pas pour autant en 2028 : le gel concerne les nouvelles réservations, pas les missions déjà contractées, et aucune date officielle de retrait n’a été communiquée. Tant que Starship n’aura pas prouvé qu’il vole plusieurs fois par semaine, SpaceX n’a de toute façon aucun intérêt à arrêter une machine qui a signé 165 lancements en une seule année.