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Fini l’histoire des souris nichant dans les perruques : ce que les coiffeurs du XVIIIe utilisaient vraiment est bien pire

On imagine volontiers une aristocrate du siècle des Lumières se glissant sous les draps, une drôle de cage métallique enserrant son imposante coiffure pour empêcher les souris de venir y faire leur nid. L’image est délicieuse, presque cinématographique. Le seul problème, c’est qu’elle est fausse. Aucune source d’époque ne mentionne ce curieux accessoire anti-rongeurs. Pourtant, la vérité derrière ces perruques monumentales n’a rien à envier au mythe : elle est même nettement plus dérangeante. Derrière les boucles poudrées et les silhouettes majestueuses se cachait un cocktail de graisse animale et d’amidon qui transformait les têtes en véritables garde-mangers pour insectes. Préparez-vous à découvrir l’envers, particulièrement gras, de la mode du XVIIIe siècle.

La cage anti-souris : une légende qui n’a jamais tenu la route

Commençons par tordre le cou à cette histoire tenace. L’idée que les femmes de la haute société dormaient avec une cage protectrice autour du crâne pour tenir les souris à distance relève de la pure invention. Aucun document, aucun inventaire, aucun témoignage sérieux de l’époque ne vient étayer cette anecdote. Elle est née, comme beaucoup de légendes, de la satire et des caricatures qui foisonnaient alors.

Car il faut le rappeler, les perruques ont toujours fait couler beaucoup d’encre, et pas seulement chez les élégantes. Dès la fin du XVIIe siècle, l’ecclésiastique Jean-Baptiste Thiers, dans son Histoire des perruques, présentait déjà ces accessoires comme de véritables œuvres du diable. La charge moraliste et moqueuse était donc présente bien avant les fameuses coiffures démesurées. De cette veine satirique, mêlée à quelques exagérations comiques, est probablement née l’image de la cage. Séduisante, mais totalement apocryphe.

Graisse animale et amidon de blé : la recette d’un désastre capillaire

Passons maintenant à ce qui se cachait vraiment sous ces boucles impeccables. Pour tenir en place et dessiner ces cascades de frisottis, les coiffeurs enduisaient les cheveux, ou la perruque, d’une pommade grasse à base de graisse de porc. Oui, vous avez bien lu : du gras animal, étalé généreusement sur la chevelure. Cette pâte servait de fixateur, un peu comme une laque d’antan, mais autrement plus collante et odorante.

Venait ensuite le poudrage, réalisé en deux temps : une première fois après l’application de la pommade, puis à la fin de la coiffure. La fameuse poudre blanche, qui donnait aux perruques leur aspect immaculé si caractéristique, était à base de farine, de fécule, d’amidon de blé ou de riz. En se mêlant à la graisse, elle formait une croûte destinée à figer les boucles. Le résultat ? Des échafaudages capillaires qui pouvaient rester en place des semaines entières, sans jamais être démontés ni nettoyés. Cette mode des perruques poudrées de blanc s’est imposée vers les années 1730-1740, sous Louis XV, alors que la France dictait le ton de toute l’Europe élégante.

Poux, insectes et gratte-tête : le quotidien sous les échafaudages de cheveux

Vous devinez la suite. Une chevelure enduite de graisse, saupoudrée de farine et laissée intacte pendant des semaines, c’est tout simplement un festin ambulant pour les indésirables. Poux et insectes en tout genre trouvaient là un habitat de rêve, chaud, nourrissant et rarement dérangé. Loin d’écarter les souris, ces coiffures attiraient donc une faune bien plus modeste mais tout aussi grouillante.

Pour soulager les démangeaisons sans défaire l’édifice, on utilisait un accessoire aussi insolite qu’indispensable : le gratte-tête, une sorte de tige à long manche permettant d’atteindre le cuir chevelu sans abîmer la coiffure. Les flacons de sels et de parfums n’étaient jamais bien loin non plus, la toilette de l’époque se faisant essentiellement à sec. Se laver fréquemment les cheveux est en effet une habitude très récente à l’échelle de l’Histoire. À l’époque, le poudrage faisait office de shampoing sec : il absorbait les graisses, camouflait la crasse et servait même de barrière contre certaines infections capillaires. Pour ne pas avoir à se poudrer chaque jour, les femmes dormaient d’ailleurs avec une simple coiffe de taffetas, bien plus prosaïque qu’une cage à barreaux.

Ce que cette histoire révèle vraiment sur le XVIIIe siècle

Au-delà de l’anecdote croustillante, cette réalité en dit long sur les standards d’hygiène d’une époque que l’on idéalise trop souvent. Derrière les fastes de Versailles et l’élégance des salons, le rapport au corps et à la propreté était radicalement différent du nôtre. On masquait plus qu’on ne nettoyait, on parfumait plutôt que de laver. La poudre n’était pas qu’un caprice esthétique : elle répondait aussi à une nécessité pratique dans un monde où l’eau et le savon n’avaient pas la place qu’ils occupent aujourd’hui.

Rappelons enfin que les perruques n’étaient pas nées de la seule coquetterie. Réapparues à la Renaissance et surtout populaires au XVIIe siècle, elles servaient d’abord à masquer une calvitie ou à se débarrasser des poux en rasant la tête. Une ironie savoureuse quand on sait que ces mêmes perruques finiraient par devenir des nids à parasites.

La légende de la cage anti-souris avait au moins un mérite : elle rendait le passé pittoresque et amusant. Mais la vérité, plus grasse et plus grouillante, nous rappelle que l’élégance a parfois un prix bien peu ragoûtant. La prochaine fois que vous admirerez un portrait d’aristocrate à la coiffure vertigineuse, vous saurez ce qui se tramait vraiment sous ces boucles blanches. Et si nos propres standards de beauté cachaient, eux aussi, des dessous que les générations futures trouveront tout aussi déconcertants ?