Et si boire de l’eau radioactive tous les matins était perçu comme un acte de santé ? Dans les années 1920, cette eau existait vraiment, vendue en pharmacie comme un remède miracle. Un riche industriel américain en a fait sa boisson quotidienne pendant plusieurs années, sur les conseils de son médecin. Il ignorait qu’il avalait sa propre fin.
- Radithor, une eau enrichie en radium 226 et 228 vendue entre 1924 et 1930, prétendait soigner plus de 150 maladies différentes.
- L'industriel Eben Byers a consommé environ 1400 flacons de Radithor entre 1927 et 1932, sur recommandation médicale, avant de mourir d'un empoisonnement radioactif ayant détruit son squelette.
- Ce scandale a poussé la Federal Trade Commission à interdire Radithor, et des flacons vides testés 70 ans plus tard se sont révélés encore radioactifs.
- Dans les années 1920, boire du radium était considéré comme un geste de santé
- Radithor, l’eau « miracle » qui promettait de guérir 150 maladies différentes
- Eben Byers, l’industriel qui a avalé plus de 1400 flacons d’un poison radioactif
- Une mort si radioactive que son cercueil est encore dangereux aujourd’hui
Dans les années 1920, boire du radium était considéré comme un geste de santé
Crédit : © Sam LaRussa / CC BY 2.0
Il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour comprendre comment une idée aussi folle a pu séduire autant de monde. Marie et Pierre Curie découvrent le radium en 1898, un élément qui suscite rapidement l’intérêt de la communauté scientifique. Pendant une décennie, les chercheurs affinent les techniques d’extraction de ce matériau rare et coûteux.
Ce prestige scientifique va rapidement se transformer en argument commercial. Dès 1914, la Standard Chemical Company de Pittsburgh obtient l’approbation de l’American Medical Association pour un premier traitement à base d’eau radioactive. Autrement dit, l’institution médicale la plus sérieuse du pays valide officiellement l’idée que le radium pourrait soigner.
Ce feu vert institutionnel ouvre la voie à une explosion de produits radioactifs sur le marché américain. Thérapies diverses, objets phosphorescents, eaux thérapeutiques : pendant les trois premières décennies du vingtième siècle, le radium devient un argument marketing comme un autre.
Radithor, l’eau « miracle » qui promettait de guérir 150 maladies différentes
C’est dans ce climat de confiance aveugle envers la radioactivité qu’un homme nommé William Bailey lance son produit phare : Radithor. Commercialisé entre 1924 et 1930, ce breuvage est présenté sans détour comme « la plus grande force thérapeutique connue de l’humanité ». Rien que ça.
La liste des maladies que Radithor prétend soigner donne le vertige. On y trouve pêle-mêle l’acné, l’anémie, l’arthrite, l’alcoolisme, l’asthme, le cancer, l’impuissance et même les rides. Plus de 150 affections différentes, soignées par une simple petite bouteille d’eau enrichie en isotopes radioactifs.
Car Radithor n’a rien d’un placebo inoffensif. Chaque flacon contient réellement du radium 226 et du radium 228, deux isotopes dont on commence tout juste à comprendre les effets biologiques à long terme. L’historienne Maria Rentetzi, de la Friedrich-Alexander University, souligne que cette popularité n’a rien d’un hasard : elle résulte d’une stratégie commerciale délibérée, où la science et le business se sont retrouvés étroitement imbriqués.
Eben Byers, l’industriel qui a avalé plus de 1400 flacons d’un poison radioactif
Parmi les clients convaincus par les vertus du Radithor figure Eben Byers, un riche homme d’affaires de Pittsburgh. Son histoire commence de façon presque banale : une fracture au bras, et un médecin qui lui recommande ce fameux élixir pour soulager la douleur et accélérer la guérison.
Byers prend ce conseil très au sérieux. Entre 1927 et 1932, il consomme environ 2800 onces de Radithor, soit l’équivalent de plus de 1400 flacons. Une consommation quotidienne et régulière, menée en toute confiance, puisque le produit est alors parfaitement légal et recommandé par le corps médical.
Personne, à l’époque, ne lui dit que chaque gorgée dépose un peu plus de radium dans son organisme, où il continue d’agir au fil des années.
Une mort si radioactive que son cercueil est encore dangereux aujourd’hui
En 1932, Eben Byers meurt d’un empoisonnement radioactif massif. Le radium accumulé pendant des années a littéralement détruit son squelette. Sa mort est largement médiatisée aux États-Unis, et provoque un choc dans l’opinion publique.
Cette affaire pousse la Federal Trade Commission à interdire purement et simplement la commercialisation de Radithor. Le scandale Byers devient ainsi l’un des déclencheurs majeurs d’une réglementation plus stricte autour des substances radioactives vendues au grand public.
Ce qui rend cette histoire encore plus troublante, c’est sa persistance dans le temps. Des flacons vides de Radithor, testés plus de 70 ans après la mort de Byers, se sont révélés toujours dangereux sur le plan radioactif. Le radium ne disparaît pas : il reste actif pendant des décennies, voire bien plus longtemps encore.
Le cas Radithor illustre parfaitement le décalage qui peut exister entre une science encore balbutiante et un marché commercial totalement dérégulé. Un phénomène qui reste d’actualité dès lors que des substances radioactives ne sont pas manipulées avec toute la précaution qu’elles exigent.


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