À l’été 2026, les archéologues ont découvert un imposant mur de pierre et de bois, conservé sur une vingtaine de mètres, dont la technique de construction est caractéristique des fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer. Il dormait sous une cour de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité. Pour le ministère de la Culture, c’est une « avancée majeure » dans la quête des origines de Paris.

Vingt mètres de long, mais à peine un mètre de haut.

Le chiffre est trompeur si on imagine une muraille de château fort. Ce mur d’enceinte, d’à peine un mètre de haut, était enfoui à quatre mètres de profondeur dans une cour de l’ancien hôpital. Sa longueur conservée approche celle d’un court de tennis (23,77 m). Ce qui reste est la base d’un ouvrage bien plus imposant, aujourd’hui arasé.

Depuis février 2026, le service archéologique de la Ville de Paris (DHAAP) et l’Inrap fouillent deux cours de l’Hôtel-Dieu, dans le cadre de la restructuration de la partie hospitalière du site portée par l’Assistance publique. Le chantier se trouve dans les deux cours de l’hôpital qui donnent sur la rue d’Arcole. L’opération s’effectue sous le contrôle scientifique de la Drac d’Île-de-France. David Couturier, responsable des fouilles pour le DHAAP, a compris qu’il tenait quelque chose de spécial en dégageant les premiers éléments d’un mur en pierre sèche.

À retenir
  • Un mur de pierre et de bois long d’une vingtaine de mètres a été mis au jour sous l’Hôtel-Dieu.
  • Sa technique de construction correspond aux fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer.
  • Des traces d’incendie et des graines carbonisées suggèrent une destruction violente, possiblement liée à la conquête romaine de 52 av. J.-C.

Un mur construit comme les Gaulois savaient le faire

Le mur associe pierre et bois, un mode de construction que l’on retrouve dans les fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer. À l’arrière, les fouilleurs ont repéré une plateforme composée de sables et de graviers rapportés, conservée sur près de 2 m d’épaisseur.

La datation au carbone 14 situe ces vestiges entre 200 et 30 avant J.-C. La fourchette couvre 170 ans, ce qui laisse de la marge. Elle englobe toutefois l’année 52 avant notre ère, celle de la conquête romaine, et c’est ce qui nourrit l’enthousiasme des chercheurs.

Autre indice : le mur porte les traces d’un violent incendie, et des graines carbonisées ainsi que les vestiges d’un bâtiment en bois brûlé ont été mis au jour à ses abords. Les fouilleurs ne trouvent donc pas seulement une structure défensive, mais aussi un décor de destruction autour d’elle. Un mur qui a brûlé, et un bâtiment avec lui.

Des graines calcinées, donc, au pied d’un rempart.

César, le feu et la boucle de la Seine

Dans La Guerre des Gaules, Jules César décrit Lutèce comme « une île reliée par des ponts et située dans une boucle de la Seine ». La description colle à l’île de la Cité. Elle n’a pourtant jamais suffi à trancher : la localisation de cette Lutèce gauloise n’a jamais pu être établie avec certitude, et des pistes suggéraient une implantation à Nanterre.

Le récit de César évoque aussi un épisode que les traces d’incendie rappellent de près. Selon lui, les Gaulois ont eux-mêmes mis le feu à leurs installations avant la bataille de Lutèce menée contre les Romains. Les troupes de Labienus, lieutenant de César, affrontaient alors la coalition conduite par le chef gaulois Camulogène. Brûler sa propre ville pour ne rien laisser à l’ennemi : la tactique de la terre brûlée existait déjà.

Reste une nuance de vocabulaire qui a brouillé la lecture dans la presse. Plusieurs médias ont parlé d’un mur « gallo-romain », alors que l’Inrap décrit un ouvrage de technique gauloise. Selon la formulation retenue, ce rempart pourrait être le vestige d’un oppidum, une place forte, prouvant que la Lutèce gauloise était implantée sur l’île de la Cité avant sa conquête en 52 avant J.-C.

Le conditionnel reste de rigueur.

Ce qui reste à démontrer, et ce que le public pourra voir

Le ministère l’a lui-même précisé : des investigations complémentaires vont être menées pour conforter l’hypothèse que Lutèce se situait sur l’île de la Cité. Un seul tronçon de rempart ne dessine pas une ville. Il faudra reconstituer son tracé, comprendre l’habitat qu’il protégeait et vérifier que l’incendie correspond bien à la fin de l’occupation gauloise. Les datations devront être resserrées, car 170 ans d’incertitude ne suffisent pas à désigner l’épisode de 52 avant notre ère.

Côté calendrier, les fouilles se poursuivent plusieurs mois et une partie du mur sera exposée dans un musée parisien. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a salué sur place une découverte « vertigineuse », qui révèle probablement l’origine de la ville de Paris.

Le site a de quoi surprendre : l’Hôtel-Dieu lui-même est un empilement de strates. L’évêque Maurice de Sully a entrepris la reconstruction de l’hôpital en 1165, et les nouveaux bâtiments étaient achevés en 1255. Plus de huit siècles de soin se superposent donc à un rempart vieux de plus de deux millénaires, dans un même périmètre.

Dernier détail, géographique. Le parvis Notre-Dame, bordé au nord par l’Hôtel-Dieu, abrite la borne du point zéro des routes de France, centre officiel de Paris pour le calcul des distances. Le point d’origine théorique des distances françaises et l’origine probable de la ville se trouvent désormais à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre.