Un astéroïde cataloguée par les astronomes professionnels pourrait en réalité être un vaisseau spatial construit par l’être humain. Depuis plus de cinquante-cinq ans, Snoopy, l’étage de remontée du module lunaire d’Apollo 10, dérive silencieusement autour du Soleil. Un astronome amateur britannique pense l’avoir localisé.
- L'étage de remontée du module lunaire Snoopy, largué en 1969 après Apollo 10, dérive depuis sur une orbite héliocentrique après une poussée mal calibrée qui en a fait perdre la trace à la NASA.
- L'astronome amateur Nick Howes estime à 98 % que l'astéroïde catalogué 2018 AP4, dont l'orbite, la taille et la nature métallique correspondent, pourrait être ce fameux module.
- Une confirmation définitive nécessite des analyses spectrales impossibles à distance actuelle, et il faudra attendre une vingtaine d'années pour que l'objet repasse assez près de la Terre pour être observé précisément.
Un module lunaire perdu dans l’immensité du système solaire
Revenons un instant en mai 1969. La mission Apollo 10 sert de répétition générale avant le grand saut d’Apollo 11. Les astronautes Thomas Stafford et Eugene Cernan embarquent à bord du module lunaire, surnommé Snoopy en référence au célèbre beagle de Charles Schulz, tandis que leur collègue reste en orbite à bord du module de commande baptisé Charlie Brown.
Les deux hommes descendent alors à seulement 15,6 kilomètres de la surface lunaire, une distance vertigineusement proche qui leur permet de photographier les futurs sites d’alunissage. Mission accomplie, ils larguent l’étage de descente de Snoopy, devenu inutile, puis remontent rejoindre Charlie Brown.
C’est ensuite que les choses se compliquent. La NASA prévoyait d’envoyer l’étage de remontée de Snoopy sur une orbite héliocentrique, c’est-à-dire autour du Soleil, afin de l’écarter définitivement de la trajectoire de la Terre. Problème : la poussée appliquée n’était apparemment pas calibrée comme prévu. Résultat, l’agence spatiale américaine a tout simplement perdu la trace de l’engin, qui erre depuis dans l’espace sans que personne ne sache précisément où il se trouve.
2018 AP4 : l’objet mystérieux qui ressemble étrangement à Snoopy
Pendant des décennies, Snoopy est resté une énigme spatiale parmi tant d’autres, un débris de l’ère Apollo perdu quelque part entre les orbites planétaires. Puis un objet a attiré l’attention des chercheurs : catalogué sous le nom 2018 AP4, il était initialement considéré comme un astéroïde ordinaire, un simple caillou parmi les milliers que les astronomes répertorient chaque année.
Mais quelque chose clochait dans son comportement orbital. Son orbite héliocentrique correspondait étrangement bien à celle qu’aurait dû emprunter Snoopy après son largage en 1969. Sa taille, elle aussi, collait avec les dimensions connues de l’étage de remontée du module lunaire, un cylindre d’environ 4 mètres de haut pour un peu plus de 4 mètres de diamètre.
Autre indice troublant : la signature de l’objet ne ressemble pas à celle d’un astéroïde classique. Sa luminosité et sa façon de réfléchir la lumière solaire suggèrent une surface métallique et artificielle, bien loin de la roche brute qu’on observe habituellement sur ce type de corps céleste. De quoi alimenter sérieusement l’hypothèse d’une origine humaine.
Nick Howes, le détective spatial qui traque un vaisseau vieux de 55 ans
Derrière cette piste se cache un homme particulièrement tenace. Nick Howes, astronome amateur britannique et membre de la Royal Astronomical Society, s’est lancé dans cette chasse dès 2011. À l’époque, il estimait lui-même que ses chances de retrouver un jour cet engin perdu dans l’immensité du système solaire étaient d’environ une sur 235 millions. Autant dire une quête presque désespérée.
Pourtant, en juin 2019, soit cinquante ans tout juste après la disparition de Snoopy, Howes a fait une annonce qui a surpris la communauté scientifique. Il s’est déclaré certain à 98 % que l’objet 2018 AP4 pourrait bien être l’étage de remontée du module lunaire d’Apollo 10. Un taux de confiance impressionnant pour un objet errant depuis plus d’un demi-siècle loin de tout instrument d’observation.
Dans un entretien accordé au magazine Newsweek, l’astronome s’est montré relativement confiant, détaillant point par point les correspondances qu’il avait relevées. L’orbite colle, la taille colle, et la nature artificielle de l’objet semble avérée. Pour un passionné qui travaille sur ce dossier depuis près d’une décennie, cette convergence d’indices ressemble presque à l’aboutissement d’une enquête.
Pourquoi la confirmation définitive reste hors de portée des astronomes
Malgré cette avancée, Nick Howes et son équipe restent prudents, et c’est tout à leur honneur. Être confiant à 98 % n’équivaut pas à une certitude absolue. Des observations beaucoup plus poussées seraient nécessaires pour trancher définitivement la question, notamment des analyses spectrales capables de révéler la composition exacte de la surface de l’objet.
Le hic, c’est que 2018 AP4 est actuellement bien trop éloigné de nous pour permettre ce genre d’examen approfondi. Même avec les meilleurs télescopes terrestres, il est impossible d’obtenir une image suffisamment nette ou un spectre suffisamment précis depuis une telle distance. L’objet navigue quelque part entre les orbites planétaires, hors de portée de nos instruments actuels.
Il faudra donc s’armer de patience. D’après les calculs orbitaux, Snoopy ne devrait repasser à proximité de la Terre que dans une vingtaine d’années environ. Ce futur passage rapproché offrirait enfin aux astronomes l’occasion d’observer l’objet dans de bien meilleures conditions, et peut-être de confirmer, ou d’infirmer, cette identification qui fascine depuis des années les passionnés d’histoire spatiale.
En attendant ce rendez-vous céleste, Snoopy continue sa course silencieuse autour du Soleil, témoin muet et énigmatique d’une époque où l’humanité posait ses premiers jalons vers la Lune. Que l’objet 2018 AP4 soit réellement ce vieux module lunaire ou simplement un astéroïde aux allures trompeuses, cette histoire rappelle à quel point l’espace garde jalousement ses secrets, parfois pendant des décennies entières.


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