Le 22 septembre marque une rupture pour le programme Starship. Depuis treize vols d’essai, SpaceX a toujours volontairement maintenu son vaisseau sur une trajectoire suborbitale, un choix qui n’avait rien d’un hasard technique. Cette fois, l’entreprise d’Elon Musk vise l’orbite terrestre pour la toute première fois, mais avec une réserve de taille que peu d’articles mettent en avant.

Pour les treize premiers vols d’essai de Starship, SpaceX a intentionnellement placé l’étage supérieur sur une trajectoire suborbitale dite « passivement sûre », ce qui signifiait qu’au moment où les moteurs s’éteignaient à la fin de la phase ascendante, le vaisseau n’avait pas la vitesse nécessaire pour atteindre l’orbite. Le raisonnement derrière ce choix est limpide. Ces trajectoires étaient considérées comme « passivement sûres » car même en cas de perte totale de contrôle du vaisseau, celui-ci était déjà engagé sur une trajectoire de rentrée atmosphérique vers un site de splashdown prédéterminé. Un filet de sécurité intégré dès la conception du vol.

À retenir
  • Le vol du 22 septembre visera l’orbite à 275 km d’altitude avec 26 satellites Starlink V3, après treize vols subcorbitaux volontaires.
  • SpaceX n’allumera les moteurs d’insertion orbitale que si la redondance matérielle permet une désorbitation garantie et contrôlée.
  • La FAA n’a pas encore validé le lancement au 15 septembre, mettant la date de décollage sous condition d’approbation réglementaire.

Une condition stricte avant d’appuyer sur le bouton

Voilà l’information qui change tout pour ce quatorzième vol. Atteindre l’orbite n’est en rien garanti : l’équipe SpaceX ne commandera la combustion finale d’insertion orbitale que si suffisamment de redondance matérielle existe pour effectuer, le moment venu, une combustion de désorbitation. le vaisseau pourrait techniquement avoir toute la vitesse nécessaire au moment T, mais SpaceX refusera d’appuyer sur la gâchette si le moindre doute plane sur la capacité du vaisseau à revenir se poser en zone contrôlée.

Cette prudence n’est pas gratuite. Pour une rentrée orbitale, la FAA doit évaluer ce qui se passerait si Ship 41 atteignait la vitesse orbitale mais que sa combustion de désorbitation échouait : le véhicule resterait alors en orbite indéfiniment et pourrait finir par rentrer dans l’atmosphère au-dessus de zones habitées. Le régulateur américain n’a d’ailleurs pas encore donné son feu vert définitif à quelques jours du décollage. La date de lancement du 22 septembre reste conditionnée à l’approbation de la FAA, qui n’avait pas été délivrée au 15 septembre.

Six tours de la Terre, 275 km d’altitude

SpaceX vise un décollage le 22 septembre de son imposant Starship pour une mission de 10 heures destinée à placer 26 satellites Starlink V3 en orbite, à une altitude d’environ 275 km. Le vaisseau, baptisé Ship 41, devra pour cela franchir un seuil de vitesse précis. Après séparation d’avec le booster 21, Ship 41 allumera ses moteurs Raptor Vacuum pour atteindre la vitesse orbitale, environ 7,8 km/s (soit près de 28 000 km/h), et se placer sur une orbite d’environ 275 km au-dessus de la Terre.

Six tours complets de la planète sont au programme. La mission vise six orbites, suivies d’une combustion de désorbitation utilisant un seul moteur Raptor, avant un amerrissage prévu dans l’océan Pacifique, à l’ouest du Chili. Ce changement de zone d’amerrissage n’est pas anodin. SpaceX a modifié la cible d’amerrissage de l’étage supérieur, qui passe de l’océan Indien à l’océan Pacifique, précisément parce que ce Starship orbitera au lieu de rester suborbital.

Le premier étage, lui, ne sera pas récupéré cette fois. Le booster Super Heavy sera abandonné dans le golfe du Mexique, avec l’espoir d’un meilleur contrôle que lors du vol précédent. Une précaution qui fait écho à un incident récent. Lors du vol 13, le booster avait subi un « amerrissage brutal », selon les mots choisis par SpaceX, après que seulement huit des treize moteurs prévus se soient rallumés ; les trois moteurs centraux avaient montré des signes de colmatage par la glace, ce qui avait déclenché l’arrêt prématuré de la manœuvre.

Un bouclier thermique retravaillé, un premier vol rentable

SpaceX n’a pas attendu ce vol pour renforcer son bouclier thermique. L’entreprise a modifié le bouclier thermique de Starship, ajoutant des tuiles courbées pour réduire la chauffe dans les interstices et des mécanismes de rétention supplémentaires sur les tuiles jugées les plus à risque de se détacher pendant l’ascension, tout en réutilisant une paire de tuiles récupérées lors du vol précédent. Un détail technique qui compte plus qu’il n’y paraît. Si Starship doit devenir réutilisable, ces tuiles devront voler encore et encore.

Ce vol a aussi une dimension financière inédite. S’il réussit, ce sera le premier lancement de Starship à générer des revenus pour la division lancement de SpaceX, même si ces revenus proviennent d’une autre branche de l’entreprise. Les 26 satellites Starlink V3 embarqués ne sont pas de simples maquettes, contrairement aux vols précédents qui transportaient des simulateurs. Chaque satellite Starlink V3 devrait ajouter 1 Tbps de capacité au réseau, soit un total de 26 Tbps pour ce seul lancement.

Trois éléments ont d’ailleurs évolué depuis les premières annonces. Alors que la date cible était initialement fixée « au plus tôt le 15 septembre » avec le 18 septembre en solution de repli, et que le nombre de satellites était décrit comme « environ 20 », la mise à jour officielle du 15 septembre a confirmé 26 satellites à bord de Ship 41, dont trois modifiés. La fenêtre de lancement, elle, est calée sur 75 minutes. Le décollage depuis le site de Starbase, au Texas, se produira dans une fenêtre de 75 minutes s’ouvrant à 8h15 heure de l’Est (12h15 UTC, 7h15 heure locale au Texas).

L’enjeu dépasse largement le simple exploit technique. Un échec pourrait retarder les ambitions lunaires de la NASA, qui compte sur Starship pour poser ses astronautes sur le pôle sud lunaire dans le cadre du programme Artemis. Reste que même en cas de succès parfait de l’insertion orbitale, la récupération du booster et de l’étage supérieur par les bras de la tour de lancement n’est toujours pas prévue pour ce vol, une étape qui attendra encore quelques missions.